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Société d'histoire

L'histoire des commerces de la Côte-des-Neiges

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Les origines de la librairie Renaud-Bray

Par Sylvain Rousseau - mars 2024 (mise à jour mars 2025)

Tout a commencé en 1965, lorsque Pierre Renaud (1939-2016) (photo) et Edmond Bray (1914-1998) ont fondé leur nouvelle librairie au 5219, chemin de la Côte-des-Neiges, au rez-de-chaussée de l’emplacement actuel de l’Hôtel Terrasse Royale. La librairie Olivieri a occupé l’endroit par la suite pendant de nombreuses années (photo).

Cette librairie était située dans un des plus vieux bâtiments commerciaux du chemin de la Côte-des-Neiges. De nombreux commerces s'y sont succédé depuis 1910. Au début, H.J.  Higginbotham y installa son épicerie, avec une boucherie et un bureau de poste. Quelques années plus tard, la Banque d'Hochelaga y installa une de ses succursales.  En 1925, on y vit apparaître la bannière de la Banque canadienne nationale, à la suite d'une fusion avec la Banque Nationale. C'est également à cet endroit que s'installa une succursale de l'entreprise Master Donut, dans les années 1970 (photo).  

Edmond Bray (photo), originaire d’Auvergne en France, a d’abord été un pianiste au cabaret Chez Clairette, avant d’ouvrir, avec son épouse, une première petite librairie, sur l’avenue Maréchal. Puis, il travailla à la Librairie universelle, au coin de l’avenue Swail, pendant quelques années.

En 1963, Pierre Renaud fondait la Librairie des Deux Mondes (image) au sous-sol du restaurant Chez Vito, sur le chemin de la Côte-des-Neiges, près de l’avenue Lacombe.

En 1965, un magasin se libéra au 5219, chemin de la Côte-des-Neiges. Ce local étant trop grand (5000 pieds carrés) pour un seul libraire, Edmond Bray s’associa à Pierre Renaud pour y installer une nouvelle librairie. C’est à pile ou face que les deux associés ont décidé dans quel ordre leurs noms allaient apparaître sur l’enseigne du bâtiment. Pierre Renaud disait de son ancien associé, Edmond Bray, que      « physiquement, c’était la copie conforme de Georges Brassens ». Selon lui, Edmond Bray « avait la même tête et il fumait la pipe » comme lui (voir photo plus haut).

Les deux associés avaient toutefois des visions différentes. Edmond Bray était de la vieille école, qui privilégiait un rapprochement individuel du libraire avec son client. Pierre Renaud était un homme d’affaires passionné par les livres, mais aussi par la culture en général. Ceci l’amena rapidement à diversifier la marchandise offerte en y ajoutant disques, revues, journaux et cadeaux. Cette approche générale qu’il privilégia se retrouva dans le titre révélateur d’un article du journal Le Devoir (juin 1988) :  « Renaud-Bray : le Jean Coutu culturel de la Côte-des-Neiges ».  Edmond Bray mettra fin à leur association, à la fin des années 1960.  

Vers 1994, Renaud-Bray déplace sa section Jeunesse juste en face dans le nouveau bâtiment du 5252, chemin de la Côte-des-Neiges, qui a pris la place du garage Texaco. Après avoir acheté l’entreprise Club Compact Classique qui y louait un espace, il finira par y regrouper la succursale Côte-des-Neiges (photo). 

Sources et références :

 

Archives de la Société d’histoire de Côte-des-Neiges. Photo du bâtiment du Master Donut.

Avis de décès. Pierre Renaud (1939-2016). Photo. https://www.memoria.ca/avis-de-deces-pierre-renaud.html?disparuID=MTI1MDI%3D

BAnQ. Annonce de la librairie des Deux-Mondes. La presse, 14 septembre 1963, page 7. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2758111?docsearchtext=Librairie%20des%20deux%20mondes

BAnQ. Décès du libraire Edmond Bray. Le Devoir, 28 Juillet 1998, pages A3 et B6. Photo d’Edmond Bray. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2806105?docsearchtext=Edmond%20Bray

https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2806106?docsearchtext=D%C3%A9c%C3%A8s%20Edmond%20Bray

BAnQ. Renaud-Bray : le Jean Coutu culturel de la Côte-des-Neiges. Le Devoir, 4 juin 1988, p. D-1. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2761633?docsearchtext=Jean-Coutu%20culturel

Décès de Pierre Renaud, cofondateur de Renaud-Bray. Radio-Canada – Info, 27 septembre 2016.                                          https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/805431/pierre-renaud-renaud-bray-deces?isAutoPlay=1

Grenier, É. La SODEC et les librairies : fermer les livres. Voir – Société, 27 mai 1998.                               https://voir.ca/societe/1998/05/27/la-sodec-et-les-librairies-fermer-les-livres/

Le milieu des années 1990 sera une période de croissance, avec l’ouverture de nouvelles succursales francophones, dont celle de Toronto, qui mena l’entreprise à se placer sous la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, au printemps 1996. Heureusement, Renaud-Bray réussira à se relever de cette erreur stratégique pour revenir encore plus fort à travers les réorganisations et les acquisitions.

En 1998, Pierre Renaud, toujours à la recherche d’innovation et de développement, effectua un coup de maître en mettant en place la fameuse étiquette « Nos coups de cœur » qui identifie, à même le livre, les recommandations du libraire.  

Pierre Renaud, un passionné de livres, qui aimait particulièrement les essais, croyait que s’il proposait seulement des livres à ses clients, il ne réussirait pas à attirer la clientèle dans ses succursales ouvertes sept jours sur sept, plus de 12 heures par jour.

En entrevue à Radio-Canada en 2005, Pierre Renaud confia à Raymond Cloutier qu’il avait dû emprunter de l’argent à sa mère Annette pour ouvrir sa première librairie, au sous-sol du restaurant Chez Vito. Après l’avoir remboursée, il ne lui restait qu’un regret, soit celui que sa mère n’ait pas pu assister à l’essor actuel de son entreprise, qui est dorénavant entre les mains de son fils, Blaise Renaud.     

        

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Le bâtiment du Pub McCarold héberge des commerces depuis 1937 

Par Sylvain Rousseau - mars 2024 (mise à jour mars 2025)

Situé au coin de l’avenue Lacombe et du chemin de la Côte-des-Neiges, ce bâtiment (photo), dont l’allure extérieure a été préservée depuis sa construction vers 1937, est ancré dans l’histoire du développement de la Côte-des-Neiges.

Au début des années 1990, je me rappelle être allé dîner à cet endroit après avoir été invité par un de mes anciens professeurs de Polytechnique. Ce restaurant s’appelait alors Chez Better (image). Encore aujourd’hui, on a conservé cette ambiance chaleureuse grâce à un décor intérieur mettant en valeur de belles boiseries.

Sa localisation stratégique, près de l’église paroissiale et de l’Université de Montréal, en a toujours fait un lieu de rassemblement très apprécié. Aujourd’hui, on retrouve au rez-de-chaussée le restaurant McCarold de style pub irlandais qui offre un menu diversifié avec un excellent choix de bières. À l’étage, on retrouve l’élégante salle MC Hall, idéale pour organiser des événements festifs.     

À partir de 1937, on trouvait à cet emplacement un autre restaurant connu sous le nom de Modern Tea Room (image). L’espace de restauration était alors limité à l’avant du bâtiment, alors que plusieurs logements occupaient l’arrière du bâtiment du côté de l’avenue Lacombe (carte de 1940).

Le menu était très diversifié.  Plusieurs membres de notre Société d’histoire se rappellent qu’ils allaient à ce restaurant pour se réunir entre ami.e.s et y déguster un bon repas, une boisson, une pizza, une frite ou un dessert glacé.

Les locaux à l’arrière du bâtiment (3725-3729, avenue Lacombe) hébergeaient, entre autres, deux commerces soit un salon de beauté et le salon de barbier Moderne, au cours des années 1970. Dans les années antérieures, on retrouvait également à cet endroit la clinique médicale Notre-Dame-des-Neiges (1942-1959), où était installé un dispensaire de la Goutte de lait, comme celui de l’Hôpital Sainte-Justine (photo). En plus d’offrir du lait pasteurisé, cette organisation offrait des conseils d’hygiène aux mères qui n’allaitaient pas leur enfant, avec comme objectif de diminuer la mortalité infantile.

Depuis 1937, les divers propriétaires ont su s’adapter à la clientèle locale pour offrir une expérience de restauration et surtout un endroit convivial qui favorisait les rassemblements, tout en assurant la préservation du bâtiment. J’ai personnellement connu les restaurants Chez Better et le pub McCarold actuel. D’autres ont connu le Modern Tea Room. Peu importe la bannière de ce restaurant et peu importe l’époque, ceux qui l’ont fréquenté gardent sûrement d’excellents souvenirs de l’expérience et des moments passés entre les murs de ce bâtiment qui regorge d’histoire.

Sources et références :

 

BAnQ. Annonce du restaurant Chez Better. La Presse, 20 janvier 1992, p. A3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2172958?docsearchtext=La%20Presse%2020%20janvier%201992%20Better

BAnQ. Annonce du restaurant Modern Tea Room. Le Polyscope, 10 janvier 1969, p. 3. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3576122?docref=KHHh4jX4sqD1NcAcABebVQ&docsearchtext=Le%20Polyscope%2010%20janvier%201969

BAnQ. Insurance plan of the city of Montreal, Underwriters Survey Bureau, 1940, plan 754.

https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244217?docref=ednCHyKy-HOXWY5JAfqHvQ

Hôpital Sainte-Justine – Gouttes de lait. Encyclopédie du MEM. Photo du dispensaire Goutte de Lait de l’hôpital Sainte-Justine. https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/files/hopital-sainte-justine-gouttes-de-lait

 

 

 

 

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La fable du bouvillon avalé par le crocodile

Par Sylvain Rousseau - 8 avril 2024

Une des plus belles résidences de la Côte-des-Neiges fut construite en 1915, au coin des avenues Lacombe et Gatineau. Sur cette photo (fonds Nantel-Bergeron) prise à cette époque, on aperçoit Émilienne Demers devant le bâtiment. Les personnages en avant-plan se trouvent sur un court de tennis situé derrière la Banque Molson (chemin de la Côte-des-Neiges). Cette résidence a d’abord appartenu à Édouard Gohier, un homme d’affaires innovateur. Celui-ci installa son entreprise, la laiterie Mont-Royal, spécialisée dans la pasteurisation, à l’arrière de la maison. Malheureusement, son projet n’obtint pas le succès escompté. Ce grand bâtiment, divisé en plusieurs logements, retrouva donc pendant longtemps une vocation résidentielle.

Vers 1963, ma tante Thérèse Rousseau acheta l’ensemble du bâtiment, alors constitué de quatre logements. En effet, il y avait deux adresses sur l’avenue Gatineau et deux adresses sur l’avenue Lacombe. La Caisse populaire Notre-Dame-des-Neiges, d’abord située au sous-sol du presbytère, avait été aménagée au rez-de-chaussée de ce bâtiment, sur l’avenue Lacombe, et restera à cet endroit jusque vers 1965.  Mon oncle Bernard, ancien tailleur de peaux de vison chez Bleau et Rousseau, vivait à l’étage au-dessus de la Caisse populaire. Du côté de l’avenue Gatineau, mon oncle Pierre Rousseau habitait un petit logement à côté du restaurant Au Bouvillon, dont il était le gérant.

C’est effectivement à cette époque que fut fondé le restaurant Au Bouvillon. Sur cette photo datant de 1964, nous pouvons voir la Caisse populaire Notre-Dame-des-Neiges à l’avant. Ma tante Gertrude Rousseau a longtemps travaillé à cette succursale de la Caisse populaire, alors que mon grand-père Antonin a été affecté à la commission de crédit pendant plusieurs années. On peut voir à droite, en blanc, le restaurant Au Bouvillon.

C’est en 1970 que l’ensemble du bâtiment fut converti en commerce. Dans les années qui suivirent, le bâtiment du restaurant Au Bouvillon, que l’on peut voir dans toute sa splendeur (photo), connut ses plus belles années. On y retrouvait plusieurs pièces spacieuses et, surtout, une des plus belles terrasses du quartier, située du côté sud du bâtiment.

Le restaurant Au Bouvillon était reconnu pour la qualité de sa cuisine (image) et particulièrement celle de son steak. Plusieurs bons chefs s’y succédèrent, dont les chefs Roch, Raymond Caron et Ercole.

Simone Riscalla, dans le Photo-journal de juin 1974, propose, après le steak fort apprécié de la clientèle, la meilleure recette du chef Raymond Caron (image). De leur côté, mes parents me parlaient de la succulente tarte au sucre du Bouvillon, dont la recette était un secret de Polichinelle dans la famille Rousseau. 

 

Pendant longtemps, le restaurant Au Bouvillon fut un lieu de rassemblement où de grands esprits se rencontrèrent. Par exemple, ce serait à cet endroit, en octobre 1973, que René Lévesque, Jacques Parizeau et Yves Michaud auraient tenté d'analyser les résultats décevants des dernièeres élections et qu’ils auraient décidé de fonder le journal Le Jour, sous l’écoute attentive d’une journaliste qui mangeait à la table d’à côté. La fondation de ce journal était sans doute un premier pas d’une stratégie à plus long terme pour gagner les prochaines élections (15 novembre 1976).  

Cet établissement fut aussi une source d'inspiration pour Réjean Ducharme, qui composa les paroles de la chanson Le révolté (La solidaritude - 1973) pour Robert Charlebois. En voici les premières lignes :   

Je viens de sortir du Bouvillon

Je m′en vais au café campus

Je ne sais pas si c'est mes cheveux longs

Ou mon T-shirt qui pogne le plus?

 

En 1988, le bar Le Crocodile s’installa dans ce bâtiment, après plusieurs mois de rénovation par le nouveau propriétaire Bernard Ragueneau (Hôtel de la Montagne, Thursdays,…). On y enveloppa le bâtiment de chrome, tant à l’extérieur que dans le décor intérieur, donnant encore aujourd’hui un air des années 1950 à ce bâtiment maintenant devenu centenaire.

Dans un article de La Presse, intitulé Le crocodile a avalé le bouvillon, Françoise Kayler décrivit ce commerce comme « un monstre métallique recouvert d’une carapace scintillante ». L’établissement était, en fait, devenu une brasserie, produisant sa propre bière sur place dans des cuves en cuivre, avec un bar au rez-de-chaussée et un restaurant à l’étage.

En 2003, un article du Quartier Libre, intitulé « La FAÉCUM a les dents longues », rapporta que la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAÉCUM) était intéressée à acheter le bar Le Crocodile pour conserver ce lieu de rassemblement étudiant et éviter la reconversion du bâtiment, le propriétaire actuel ayant eu l'intention de s'en départir. Ce  projet ne s'est pas concrétisé pour diverses raisons financières et administratives.

À partir de 2006, le bâtiment hébergea le Tabasco bar, dont le propriétaire était Sacha Ragueneau, fils de l’ancien propriétaire du bar Le Crocodile. Cet endroit, comme son voisin La Maisonnée, continua à être un lieu de rassemblement, entre autres pour les étudiants qui voulaient se rencontrer autour d’une bière après les cours. Les deux brasseries de ce carrefour ont longtemps été animées en fin de soirée lorsque la clientèle étudiante s’y regroupait.    

Depuis 2016 et jusqu’à sa récente fermeture, la microbrasserie Saint-Houblon y avait installé une de ses succursales. J’ai eu la chance d’y faire le lancement de mon livre, en mai 2023, avec les membres de la Société d’histoire, ma famille et mes amis (photo).  Cet événement m’a permis de découvrir un emplacement chaleureux, apprécié par la communauté locale. J’y ai vu des musiciens s’y regrouper. J’y ai ressenti un attachement familial, même si je ne me souvenais pas d’être entré dans ce bâtiment au cours de ma jeunesse.     

Aujourd’hui, le chrome du bâtiment a certes perdu de son lustre. Quelle sera la suite de cette fable du bouvillon avalé par le crocodile?  Sous quelle forme mythologique se métamorphosera ce monstre jadis scintillant? Qu'adviendra-t-il de ce bâtiment centenaire (photo)?

Une immense pancarte À louer est actuellement plantée sur la terrasse. Il faut espérer que le propriétaire actuel réussira à remettre ce bâtiment en valeur, en lui faisant retrouver sa beauté originale, tout en continuant à dynamiser la vie de la communauté locale.

Qu'adviendra-t-il de ce bâtiment centenaire?

Sources et références :

 

Archives de la Société d’histoire de Côte-des-Neiges. Photos du restaurant Au bouvillon (1964 et 1970).

BAnQ. Annonce du restaurant Au Bouvillon. La Presse, 18 septembre 1976, p. D27. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2607879?docsearchtext=Au%20bouvillon%20cuisine%20raffin%C3%A9e

BAnQ. La meilleure recette du Bouvillon. Photo-journal, semaine du 17 au 23 juin 1974, p. 19. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3543520?docsearchtext=Photo-journal%2017%20juin%201974

BAnQ. Le Crocodile a avalé le bouvillon. La Presse, 30 avril 1988, p. K10. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2259531?docsearchtext=Crocodile%20avale%20Bouvillon

BAnQ. Le Crocodile, plus chromé tu meurs. Le Devoir, 11 mars 1988, p. 15. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2761444?docsearchtext=Crocodile%20Gatineau

BAnQ. Pour les yuppies de CDN. La Presse, 20 mars 1988, p. D1. Photo de l’enseigne du Crocodile Bar en noir et blanc. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2259234?docsearchtext=Crocodile%20Bar

Benoit A. La FAÉCUM a les dents longues. Le Quartier Libre, 23 avril 2003, p. 5. Photo de l’enseigne du Crocodile Bar en couleur, p.1.  https://quartierlibre.ca/wp-content/uploads/2015/05/QLvol10n16.pdf

Blogue Harfang Voyageur. Côte-des-Neiges, 19 avril 2013. Photo du Tabasco Bar. https://harfangenvoyage.blogspot.com/2013/04/cote-des-neiges.html

Charlebois R. (1973). Album La solidaritude - Chanson Le révolté. https://genius.com/Robert-charlebois-le-revolte-lyrics

Fonds privé Nantel-Bergeron. Photo d’Émilienne Demers devant le bâtiment.

Girard M. La brève et percutante aventure du journal Le Jour. La Presse, 24 février 2024. https://www.lapresse.ca/arts/chroniques/2024-02-24/la-breve-et-percutante-aventure-du-journal-le-jour.php

 

Je trouve que l'histoire de cet établissement est vraiment inspirante. Sous forme de fable, j'ai composé un petit poème associé à cet article.

Cliquez-ici pour lire ce poème

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La pharmacie Miron 

Par Sylvain Rousseau - janvier 2023

En 1891, juste après avoir gradué en médecine à l’Université Laval de Montréal, le docteur Joseph Albini Charette (1865-1914) épouse Hermine Dagenais (1870-1934) lors d’une cérémonie de mariage bénie par le curé Napoléon Maréchal de la paroisse Notre-Dame-de-Grâce dont faisait partie la chapelle Notre-Dame-des-Neiges. Ils auront un fils, Philippe Auguste Charrette (1893-1939).

Le docteur J.A Charrette sera le médecin du village, mais il sera aussi marguiller de la nouvelle paroisse de Notre-Dame-des-Neiges (1901- ), commissaire de l’école, puis le dernier maire avant l’annexion à Montréal. En effet, il succédera à Joseph Brunet en 1907 et confiera l’annexion aux échevins Eustache Prud’homme et James McKenna en 1908.

 

En 1902, il se fera bâtir une belle maison au coin Côte-des-Neiges et Lacombe, puis, en 1907, il construira la pharmacie Northmount juste à côté sur l’avenue Lacombe dans laquelle il y aura un bureau de poste. Au début du 20ième siècle, la Northmount Land Company, dont le nom fut sans doute inspiré par la ville de Westmount, avait racheté plusieurs terres agricoles dont celles de James Swail pour établir un développement immobilier appelé Northmount où les plus fortunés pouvaient commander une belle maison sur mesure. Il y avait une quincaillerie Northmount, une rue et même un club de baseball Northmount dont le nouveau curé Perreault était d’ailleurs très fier.

Le journal La Patrie du 3 octobre 1907 annonce l’ouverture imminente de la pharmacie du Dr. Charrette. En 1908, le conseil municipal s’établira dans une salle de la pharmacie Northmount car il n’y avait pas d’hôtel de ville. Le fils du Dr. Charrette, qui prendra la relève comme médecin, vivra à l’étage de cette pharmacie avant de reprendre la maison familiale suite au décès de sa mère en 1934. Tout comme son père, Philippe décédera assez jeune.

En ce début de 20ième siècle, il est intéressant de noter que le médecin avec sa pharmacie avait en quelque sorte un célèbre compétiteur : le Frère André. En effet, le portier du Collège Notre-Dame était devenu très populaire auprès des paroissiens auxquels il distribuait un médicament universel : l’huile de Saint-Joseph. Souvent le frottage avec l’huile de Saint-Joseph était la solution appliquée aux paroissiens dont les maux n’avaient pu être guéris par des moyens plus scientifiques.

Avec le rachat des terres de la Northmount Land Co. par l’Université de Montréal vers 1928, le projet de la Northmount tombera à l’eau et plusieurs de ses belles maisons seront éventuellement démolies pour faire place au campus de l’Université. Vers 1940, la maison des Charette est reprise par le docteur Lafortune et la pharmacie change de nom pour devenir la pharmacie Côte-des-Neiges. Adrien Desforges, mon grand-oncle, s’y installera à l’étage avec sa famille. D’ailleurs, l’ancêtre de la famille Desforges est Jean-Baptiste Desforges dit Saint-Maurice qui fut un des premiers censitaires de Côte-des-Neiges en 1698. En effet, ça fait plus de 325 ans que les Sulpiciens, les seigneurs de l’île de Montréal, ont fondé ce fief.

La photo (plus bas) montre le côté est de cette pharmacie vue du coin des avenues Lacombe et Gatineau en regardant vers le chemin de la Côte-des-Neiges (flèche rouge sur la carte de 1912). Au premier plan, on voit le tailleur Tobia Felli (1881-1956) de la Côte-des-Neiges, accompagné de son épouse, marchant sur un trottoir de bois près de l'emplacement actuel de La Maisonnée (X rouge carte 1912). Cette photo inédite, fournie par la famille Felli, nous dévoile donc l'aspect du carrefour des avenues Lacombe et Gatineau vers 1910. Cette pharmacie a donc été le tout premier commerce d'un secteur commercial animé notamment par la vie étudiante. Lorsque j'ai vu cette photo pour la première fois, j'ai eu de la difficulté à m'y retrouver, car je n'apercevais pas les bâtiments du Caravane Café (1917) et du Saint-Houblon (1915).        

Puis, c’est vers 1949 que le pharmacien Léo Miron (1907-1992) viendra s’installer dans la Côte-des-Neiges avec son épouse Blanche Leroux (1908-2002) et ses enfants Micheline et Guy. Il avait auparavant acheté l’ancienne maison des Charette ainsi que leur pharmacie. Pendant une dizaine d’années, il conservera le nom de pharmacie Côte-des-Neiges bien que son nom, Léo Miron, sera affiché de façon dominante sur les murs extérieurs de sa pharmacie. Sa fille Micheline se mariera en 1958 à l’église Notre-Dame-des-Neiges juste en face de la maison familiale.

En 1967, la pharmacie Miron déménage au coin Côte-des-Neiges et Édouard-Montpetit dans un nouveau bâtiment (no.3). Le petit bâtiment de bois de la pharmacie sera abandonné et démoli vers 1970. À peu près au même moment, la Caisse Populaire Notre-Dame-des-Neiges qui avait été créée au sous-sol du presbytère et qui était située au rez-de-chaussée du bâtiment du restaurant Au Bouvillon (no.4) déménagera au même endroit ce qui permettra l’agrandissement à la fois du restaurant et de la caisse populaire.

Sur la photo aérienne datant du début des années 1970, on voit les emplacements suivants :

1- Lieu d’origine de la pharmacie Miron

2- Lieu de la maison du Dr. Charrette

3- Nouveau bâtiment commercial (1966)

4- Restaurant Au Bouvillon (1961-1987)

 

En 1977, une succursale de la Banque Nationale du Canada sera construite sur le lieu d’origine de la maison (no.1) et de la pharmacie Miron (no.2).

En 1986, la Banque Nationale et la famille Miron ont remis une maquette de la maison et de la pharmacie des Miron à la Société d’Histoire de Côte-des-Neiges. De part et d’autre de la maquette, on aperçoit Blanche, épouse de Léo Miron, en noir et sa fille Micheline Miron en fuchsia dans ce qui semble être la succursale de la Banque Nationale au coin Lacombe et Côte-des-Neiges.

En retrouvant une annonce dans La Presse du 22 juillet 1987 qui mentionne que la pharmacie Miron était à la recherche d’un commis pour son bureau de poste, je ne peux que constater que cette pharmacie avec son bureau de poste a été, pendant des décennies, une institution ancrée solidement au cœur de l’histoire et du développement du village de la Côte-des-Neiges. Vers 1988, la pharmacie Miron changera de nom une dernière fois avant de disparaître quelques années plus tard.

Cette institution, qu’on a d’abord appelé la pharmacie Northmount, puis la pharmacie Côte-des-Neiges et enfin, la pharmacie Miron, représente tout un pan de l’histoire de la Côte-des-Neiges. Plusieurs familles fondatrices du quartier y ont travaillé, y ont vécu, y ont grandi et s’y sont rassemblés ou retrouvés pour diverses raisons. À travers les murs de cette pharmacie, qui était à l’origine un modeste bâtiment de bois peint en blanc, nos souvenirs nous permettent encore aujourd’hui de revivre ou d’imaginer la vie du quartier et de mieux en comprendre l’histoire.

 

Sources : 

BAnQ, Album-souvenir du 50ième de NDDN, La Presse, Le Devoir, La Patrie, Archives de la SHCDN, Atlas Goad 1912,  Archives de la famille Felli  et les hyperliens suivants:

Ouverture de la pharmacie Northmount (La Patrie 3 octobre 1907) : https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4316119?docsearchtext=Pharmacie%20Northmount

La Presse 20 février 2010 : Frère André : le mystère entourant les miracles...

P A Charrette 1927 (894 Lacombe 1920) Le devoir 27 juin 1927 : https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2803678?docsearchtext=Philippe%20Auguste%20Charette

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Le bâtiment du Caravane Café 

Par Sylvain Rousseau - mai 2024 (mise à jour mars 2025)

Le bâtiment du Caravane Café (photo), situé au 3506, avenue Lacombe, à l’intersection de l’avenue Gatineau, a d’abord été la résidence de la famille Claude, située sur le chemin de la Côte-des-Neiges. En effet, on observe ce bâtiment sur une carte de 1907 (cercle rouge), en face de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, à l’emplacement de la future école Notre-Dame-des-Neiges (1918). Il a été bâti par la famille de l’ancien maire Pierre Claude qui, quelques années auparavant, avait une tannerie à cet emplacement.

Entre 1911 et 1914, ce bâtiment fut loué à l’école protestante de la Ville Notre-Dame-des-Neiges. Il fut déplacé à l’endroit actuel en 1916 (carte de 1912), pour faire place à l’école Notre-Dame-des-Neiges et redevint une résidence privée par la suite. Le médecin J. A. Choquette y vécut dans les années 1920, puis l’avocat J. E. Lafontaine, dans les années 1930.

Mon arrière-grand-père, Édouard-Zotique  Massicotte (photo) résida à l’étage de ce bâtiment entre 1934 et 1937. J’ai récemment trouvé une photo prise du balcon de cette maison par mon arrière-grand-père, vers 1937. Nous y voyons mes deux oncles Massicotte, qui sont sur le balcon de cette impressionnante demeure, qui est si bien conservée.

Derrière mes oncles, sur le côté est de la maison, là où se trouve actuellement La Maisonnée, nous apercevons la pharmacie Côte-des-Neiges d’Arthur Provencher. En 1939, cette pharmacie déménagea dans le local de la pharmacie Northmount de la famille du docteur Charette, un peu plus loin sur la rue Lacombe, à la suite du décès du docteur Philippe-Auguste Charette, fils du fondateur de la pharmacie Northmount. Quelques années plus tard, la pharmacie Côte-des-Neiges deviendra la pharmacie Miron.

Après avoir vécu sur l’avenue Coursol, à Sainte-Cunégonde, E. Z. Massicotte, dont l'épouse venait de décéder, vint habiter dans cette maison de la Côte-des-Neiges, avec sa fille Suzanne*, en 1934. Il quitta la Côte-des-Neiges pour aller vivre près du carré Saint-Louis, en 1937.

Depuis 1928, son fils Jean-Maurice (mon grand-père) vivait dans la Côte-des-Neiges avec son épouse, Marie Trudel, et leur famille, dont leur fille aînée, Claude (ma mère) et ses frères, Pierre et Paul, que nous voyons sur la photo (plus haut).

 

*  Suzanne est la mère de Louise Trudel, membre de la Société d'histoire et relectrice de ces chapitres. 

    

Sur cette photo (plus bas) d’un des derniers véhicules de pompiers de la caserne 27, tirés par des chevaux (gracieuseté de la famille du capitaine Léopold Lussier), on aperçoit, à droite, l’arrière de la maison Claude, entourée d’un balcon, vers la fin des années 1930.  

À travers son histoire, ce bâtiment a principalement été une résidence privée ayant appartenu à des professionnels, tels des médecins, des avocats, des directeurs d’école, un architecte et un urbaniste. En plus des personnes déjà mentionnées plus haut, notons le docteur J. W. Turcot, dont la fille Mariette épousa le professeur Gérard Chaumont, en 1946. Le couple Turcot-Chaumont  continua à vivre à cet endroit pendant une vingtaine d’années. C’est probablement pour cette raison que plusieurs anciens de la Côte-des-Neiges nommaient ce bâtiment la maison Chaumont.   

Quand j’étais jeune et que j’allais à l’école Notre-Dame-des-Neiges, je passais devant le dépanneur La glacière (dans les années 1970), situé au sous-sol de ce bâtiment, et dont l’entrée était du côté de l’avenue Gatineau. À partir de 1981, le rez-de-chaussée de la résidence de l’avenue Lacombe deviendra l’agence de voyages Tourbec et ce commerce restera à cet endroit pendant plus de 25 ans.     

Aujourd’hui, on y retrouve le Caravane Café, un café accueillant qui est bien implanté dans sa communauté. Il y a quelques années, j’ai pu me rendre à l’étage du bâtiment qui était encore ouvert à la clientèle. J’y ai vu quelques étudiants naviguant paisiblement sur l’internet devant un bon café. J’ai alors été impressionné par la préservation des superbes boiseries et des meubles anciens, dont une vieille baignoire. Je ne savais pas encore à l’époque que c’était précisément dans ces locaux du 3508, avenue Lacombe (à l’étage du 3506), que mon arrière-grand-père avait vécu. Il est clair que ce bâtiment, un des plus anciens et des mieux préservés de la Côte-des-Neiges, a une âme qui regorge d’histoire.

 

Pour en savoir davantage sur les origines de cette résidence qu'on devrait dorénavant appeler la maison Claude, cliquez sur cet hyperlien :  https://smcdn.ca/articles-residences#claude

 

Photo Sylvain Rousseau 2023

Sources et références :

 

Ancestry. Arbre Rousseau-Massicotte. Site généalogique. https://www.ancestry.ca

Archives de la famille Lussier. Photo du véhicule des pompiers.

Archives de la famille Rousseau. Photos des Massicotte.

BAnQ. Atlas of the City of Montreal and vicinity. E. Goad, 1912, plan 226.   https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244204?docref=M2MwHmljbfnL0dNCEDmM5g

BAnQ. Montreal island and vicinity . E. Goad. May 1907, plan 512. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3121050?docref=vzaDBduoHLvo6n3IKYLi6g

Nantel Bergeron, Dominique. La maison Claude, septembre 2024. https://smcdn.ca/articles-residences#claude

 

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La Petite Chaumière et sa grande histoire

Par Jonathan Buisson - juillet 2024

Introduction

Dans Côte-des-Neiges, nous retrouvons plusieurs restaurants qui font le bonheur des estomacs affamés des passants arpentant le quartier dans le cadre de leur travail, de leurs études, ou simplement de façon récréative. Ils viennent pour profiter de certains bijoux culinaires confectionnés de façon artisanale, empreints d’amour, avec des saveurs et aromates multiples et mis en valeur par de petits restaurants uniques. Ces derniers se font de plus en plus rares face à cette marée incessante de restaurants franchisés, souvent sans âme, où les employés, blasés de leur travail formaté et impersonnel, effectuent à répétition des tâches dénuées de sens, conférant au produit final une saveur uniforme, peu goûteuse et de qualité acceptable, mais non exceptionnelle.

 

Bien avant l'ère des restaurants franchisés, Côte-des-Neiges abritait de nombreux petits établissements où l’on servait de la nourriture de qualité. Cependant, un restaurant en particulier se démarquait des autres. Dans les années 1940, ce petit restaurant faisait fureur dans le quartier et ceux qui le fréquentaient se souviennent encore de cet endroit chaleureux, réputé pour la qualité exceptionnelle de sa cuisine. Ce restaurant s’appelait La Petite Chaumière.

 

Description du bâtiment et son évolution

Le bâtiment était situé à l’époque sur le chemin de la Côte-des-Neiges, au coin nord-est de l’intersection avec le chemin Queen-Mary (image).  À l’origine, cette portion du chemin Queen-Mary était un chemin privé où seul le tramway pouvait circuler. Selon certaines notes provenant de documents de La Petite Chaumière elle-même, l’emplacement où fut construit ce restaurant fut le témoin d’un événement historique lointain, soit celui de la capitulation de Montréal en 1760. Le premier élément de l'ensemble de deux bâtiments qui allait constituer La Petite Chaumière était la maison de Willie Perrault, qui, dit-on, avait déjà 140 ans lors de la construction du restaurant (photo ici-bas).

Cette maison deviendra la partie nord de l’établissement. Du côté sud de la maison, un bâtiment à deux étages fut juxtaposé à cette demeure (photo de droite). Comme en témoigne cette dernière photo, on retrouvait à cet endroit un genre de restaurant-dépanneur comme on en voyait un peu partout à Montréal, souvent nommés "light lunchs". Cette construction date environ des années 1920.

En 1941, l’architecte Paul-Henri Lapointe se vit confier le mandat de transformer cet établissement. Les deux bâtiments furent alors intégrés en un seul par des modifications architecturales réussies, laissant à peine percevoir qu’à l'origine il s’agissait de deux bâtiments distincts (photos).

    

Ce bâtiment abrita La Petite Chaumière et le Blue Angel Café, arborant au sommet de son toit le drapeau britannique, l’Union Jack, pour une raison inconnue. La façade principale en brique était peinte en blanc et le toit était rouge. Quand on arrivait sur le chemin Queen-Mary en direction de l’est, on pouvait apercevoir La Petite Chaumière au bout du chemin et à l’horizon, la tour de l’Université de Montréal.

Le restaurant pouvait servir jusqu’à 140 personnes avec une salle à manger et une section casse-croûte. Une carte en couleur des principales artères de Montréal ornait l’un des murs, renseignant ainsi les touristes (photos).

Transition vers les nouveaux restaurants

Vers la fin des années 1950, alors que l'on songeait à élargir le chemin Queen-Mary, ce bâtiment fut démoli. D'autres restaurants firent alors leur entrée dans l'offre culinaire du quartier, tels que Chez Vito et Paesano. Le Bouvillon devint également un restaurant d’exception dans le quartier. Le terrain qu‘occupait jadis cette chaumière demeura vacant et servit de terrain de jeu pour les enfants. Par la suite, un stationnement y fut aménagé (photo) avant qu’un bâtiment ne soit érigé au milieu des années 1970.

Conclusion

La vieille maison de Willie Perrault, datant fort probablement des années 1800, fut d’abord transformée, puis démolie, effaçant peu à peu les traces du passé villageois du quartier. Plus Côte-des-Neiges avance en âge, plus on voit surgir une succession de nouveaux bâtiments remplaçant les habitations pionnières.

La Petite Chaumière et les autres établissements emblématiques de Côte-des-Neiges ont marqué une époque révolue, où l'authenticité et le charme des petits restaurants définissaient le paysage culinaire du quartier. La démolition de ces bâtiments historiques, tels que la maison de Willie Perrault, symbolise la transformation inexorable du quartier sous l'impulsion de la modernité.

Malgré la prolifération des restaurants franchisés sans âme, il est crucial de se souvenir de ces lieux uniques qui ont forgé l'identité de Côte-des-Neiges. Ces souvenirs culinaires et architecturaux doivent être préservés dans notre mémoire collective, rappelant que derrière chaque ancien bâtiment se cache une riche histoire, faite de rencontres, de rêves et de saveurs inoubliables. En honorant ce passé, nous pouvons espérer inspirer une nouvelle génération de restaurateurs à embrasser l'authenticité et la passion qui caractérisaient ces joyaux d'antan.

 

Sources : 

BAnQ

Archives de la Ville de Montréal

Archives de la Société d'histoire de la Côte-des-Neiges

 

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Le Café Campus de Côte-des-Neiges

par Jonathan Buisson - novembre 2024

Parmi les lieux incarnant l’esprit créatif et festif de Côte-des-Neiges, le Café Campus occupe une place de choix dans les souvenirs des générations qui l’ont fréquenté. Je vous propose un retour dans le passé pour redécouvrir l’histoire de ce lieu emblématique du quartier, avant son exode vers le centre-ville.

Né d’un boycottage de la cafétéria universitaire en 1966, le Café Campus a vu le jour grâce à un groupe d’étudiants qui ont déniché un local pour offrir boissons et nourriture. Initialement situé à l’angle de l’avenue Decelles et du chemin Queen-Mary, ce lieu, conçu au départ comme une simple alternative à la cafétéria, a rapidement évolué pour devenir un bar et une salle de spectacle. De nombreux artistes québécois y ont foulé les planches, contribuant à en faire une institution culturelle.

Le projet d’un espace artistique à l’image du Quartier latin germait depuis le début des années 1960. Les étudiants avaient envisagé d’installer ce lieu culturel dans une vieille église anglicane de la rue Jean-Brillant, mais les coûts de rénovation dépassaient leur budget. Lorsque le boycottage a pris fin, ils se sont tournés vers une grande salle au coin de Decelles et Queen-Mary, brièvement utilisée comme cafétéria d’urgence, où ils ont lancé le premier Café Campus, géré en partenariat.

 

Le défi consistait à rentabiliser cet espace en proposant une gamme variée de services sur une plage horaire étendue, jusqu’à 16 heures par jour.

Ainsi, le Café Campus ouvrait ses portes tous les jours, de 8 h à minuit, fonctionnant comme restaurant en journée et se transformant, en soirée, en boîte à chansons, discothèque, salle de jazz, de théâtre, de réception et de réunion. Les soirées discothèque étaient accessibles dès l’âge de 20 ans, avec des prix abordables, bière et vin à 0,40 $.

Ce lieu a vu passer de nombreuses figures de la scène culturelle québécoise : Jean-Pierre Ferland, Jean-Guy Moreau, Pauline Julien, Louise Forestier, Robert Charlebois, Claude Dubois, les Cyniques, entre autres. Dans les souvenirs des gens, cet endroit était un lieu de rencontre où l’on pouvait entendre et voir des groupes de musique ou des artistes adorés, ainsi que découvrir de nouveaux talents émergents de l’époque. Beaucoup se souviennent de la piste de danse, où ils se déhanchaient sous des rythmes endiablés, des moments inoubliables gravés dans la mémoire de tous ceux et celles qui s’y sont trémoussés.

    

Le Café Campus a aussi permis à de nombreux étudiants de décrocher des emplois comme disque-jockeys, serveurs, responsables de l’éclairage, de la mise en scène ou du son. Certains ont même fait leurs premiers pas dans la chanson, la poésie, la musique ou la comédie. Le Café Campus est demeuré à cette adresse jusqu’en 1993, avant de déménager rue Prince-Arthur, à Montréal, en raison des plaintes répétées des résidants du quartier.

En somme, le Café Campus a marqué des générations en s'imposant comme un lieu incontournable de la culture montréalaise. Au fil des décennies, il a su évoluer tout en restant fidèle à son esprit d'inclusivité et de liberté artistique. Sa contribution à la scène musicale et culturelle de Montréal est inestimable et son héritage continue d’inspirer. Pour beaucoup, le Café Campus demeure un symbole vibrant de créativité et de rassemblement, un lieu où la culture s'est vécue intensément et collectivement.

 

Sources : 

Wikipedia – Café Campus. https://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9_Campus

Le Café Campus a ouvert ses portes en 1967 – Forum, 19 février 2007. https://archives.umontreal.ca/histoire-de-luniversite/articles-thematiques/activites-et-evenements/lecafecampus/

Sylvain Cormier. Le Café Campus, 50 ans de rites de passage. Le Devoir, 18 février 2017. https://www.ledevoir.com/culture/musique/491892/le-cafe-campus-50-ans-de-rites-de-passage

 

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Le magasin général

par Sylvain Rousseau - février 2025

En apprenant récemment qu’un des derniers magasins généraux du Québec, à Upton, était à vendre, je me suis intéressé à cet élément de notre patrimoine en voie de disparition. Le bâtiment datant de 1880 (photo) a conservé plusieurs éléments architecturaux d’origine, dont le plafond de métal embossé, les planchers et les comptoirs.  

 

J’ai discuté avec Jean-Jacques Deslauriers, un de nos membres qui vient de fêter son 89e anniversaire de naissance. Il m’a dit que son père avait un magasin général à Saint-Michel de Wenworth, entre 1937 et 1964. Jean-Jacques se souvient bien du magasin général familial, car il y a longtemps travaillé. On y trouvait de tout, incluant de la nourriture, des boissons gazeuses, des vêtements, des bottes, des outils (balais, pelles, fourches ...), du savon (Tide, Oxydol …), du bois de chauffage, du charbon et du foin.

Le charbon arrivait par train. Il fallait l’emballer dans de grands sacs de jute avant de l’amener au magasin. Le bois de chauffage et le foin étaient fournis par les voisins. Il se souvient que le bois se vendait 7 $ pour une corde de 12 pouces.

Son père utilisait les services de transport Boyd’s Express de Lachute pour s’approvisionner, principalement dans les commerces du Vieux-Montréal. Pour les chaussures, c’était l’entreprise Alfred Lambert inc., du 50, rue Saint-Paul Ouest. Pour les vêtements, on allait chez Duchesneau -Trudeau limitée, au 81, rue Saint Paul Est.

    

L’entreprise Lewis Brothers Limited (image), qui était située sur la rue Bleury, au coin de la rue Viger, près du Square Victoria, fournissait la ferronnerie. Au niveau de l’alimentation, il faisait affaire avec J. H. Lamarche Limitée, Épiciers en gros, dont l’entreprise a longtemps été située au 5345, rue Ferrier, près du boulevard Décarie.

À l’intérieur du magasin général, sa mère s’occupait du bureau de poste. Au fond, il y avait quelques chaises, quelques tables et un comptoir avec des tabourets rotatifs pour permettre aux clients de manger des sandwichs faits sur place ou de boire des boissons gazeuses, comme la Wishing Well ou le Kik Cola. Son père avait aussi installé une table de billard, afin que les clients puissent se divertir dans ce lieu de rassemblement.   

En faisant des recherches sur les premiers commerces de la Côte-des-Neiges, j’ai pu identifier clairement trois magasins généraux. Au début des années 1900, le magasin général de J. A. Gougeon était situé au sud de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, sur le chemin de la Côte-des-Neiges. Un peu plus au nord, sur le chemin de la Côte-des-Neiges, au coin de l’avenue Maplewood (aujourd’hui Édouard-Montpetit), il y avait le magasin d’Hormidas Desmarchais. Encore plus au nord, dans le bas du chemin de la Côte-des-Neiges, près du chemin de fer du Canadien Pacifique, on retrouvait le magasin général de Zéphirin Beaucage.

Ce dernier magasin général a marqué l’histoire de la Côte-des-Neiges, tant par sa popularité que par sa longévité. Le commerce Zéphirin Beaucage et Fils, judicieusement situé, avait une grande capacité d’entreposage au moment où le secteur était en plein développement. Spécialisée dans les grains et la volaille, l’entreprise familiale fournissait aussi du bois, du charbon et du foin.

Danièle Beaucage, une de nos membres, est une descendante des familles Beaucage, Cardinal, Deguire, Fortier et Goyer de la Côte-des-Neiges.       

Sources et références :

 

BAnQ. Lewis Bros. Limited : wholesale hardware and automobiles supplies, Montreal. Illustration du bâtiment. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4193010?docsearchtext=lewis%20bros.

Dumas J. Le magasin général d’Upton, ouvert depuis 145 ans, est à vendre. TVA Nouvelles, 6 février 2025.                   https://www.tvanouvelles.ca/2025/02/06/le-magasin-general-dupton-ouvert-depuis-145-ans-est-a-vendre.

Lorry. J.L. Une jeune relève pour un magasin général ancestral. La Voix de l’Est, 26 octobre 2024. https://www.lavoixdelest.ca/affaires/affaires-locales/2024/10/26/une-jeune-releve-pour-un-magasin-general-ancestral-4D5TJA4AIBGPPDEAGX7TAYJMNE/

 

 

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Le Sunset Strip, sur le boulevard Décarie, avant la construction de l'autoroute

Par Jonathan Buisson - février 2025

Le nom « Sunset Strip » n'évoque plus grand-chose pour les Montréalais d'aujourd'hui, mais il fut une époque où cette portion bien précise du boulevard Décarie était en ébullition. Un lieu de divertissement prisé, où certains cherchaient à s'amuser, tandis que d'autres espéraient faire fortune aux jeux de hasard. À proximité, de nombreux motels et restaurants (photo) prospéraient, animant cette zone, avant qu'elle ne soit transformée en ce grand trou que l'on appelle aujourd'hui le boulevard Décarie. Le nom « Sunset Strip », qui signifie littéralement «bande de terre où le soleil se couche », évoquait à lui seul une atmosphère unique.

 

Tout commence vers 1905, lorsque l’hippodrome Blue Bonnets décide de déménager ses installations à Côte-des-Neiges, près du boulevard Décarie. L'implantation de cette attraction dans le secteur attire naturellement une foule nombreuse, les courses de chevaux étant alors très populaires. L'ajout d'une station du chemin de fer électrique, spécialement construite pour desservir Blue Bonnets, assure un flux continu de visiteurs. Ceux-ci peuvent admirer les installations depuis le train et débarquer directement à un arrêt aménagé pour l'occasion, soit un abri de bois indiquant Blue Bonnets.

Avec le temps, de petites cantines, bars laitiers et stands à frites commencent à jalonner le boulevard. L'afflux constant de visiteurs, attirés par les jeux hippiques, favorise la croissance de ces commerces. C'est ainsi qu'en 1935, Miss Montreal (photo), un petit restaurant avec service à l’auto, s'installe à l'angle de la rue Paré. Rapidement, il devient une halte incontournable pour les familles du quartier, qui s'y retrouvent le week-end. Victime de sa popularité, l'établissement s'agrandit et finit par inclure une salle à manger de 500 places. Pour beaucoup, s'y arrêter après une soirée au théâtre devient une tradition. On y sert de tout, du smoked meat aux rib steaks, et l'endroit est immortalisé par l'artiste montréalais Michael Litvack.

Non loin de là, le restaurant Ruby Foo's ouvre ses portes, en 1945, dans un ancien bar laitier. Offrant un mélange de plats chinois américanisés et de recettes françaises, le restaurant acquiert rapidement une réputation prestigieuse. Dans les années 1950, il devient un lieu chic (photo) où se croisent célébrités et figures politiques, parmi lesquelles Maurice Richard, Pierre Elliott Trudeau, Zsa Zsa Gabor et Charles Aznavour. L'ambiance y est unique : serveuses en kimono, lumières tamisées rouges et noires et un labyrinthe de salles aménagées à la suite des multiples agrandissements successifs du bâtiment. Dans les années 1960, un motel s'ajoute au restaurant. Lors de sa fermeture en 1984, Ruby Foo's couvre une superficie de 6000 pieds carrés. Démoli en 1988, le restaurant cède la place à un complexe qui conserve le nom Ruby Foo's. Le motel sera agrandi et rénové au même moment, devenant un hôtel de luxe de 200 chambres.

    

Autre élément emblématique de la Sunset Strip, l'Orange Julep marque aussi l'histoire de Montréal. Inspirée de l'Orange Julius aux États-Unis, la boisson Orange Julep est créée, en 1932, par Hermas Gibeau, qui inaugure son premier restaurant peu après. Pour se faire remarquer, il construit un premier restaurant en forme d’orange, en 1933. Le concept connaît un immense succès et plusieurs Oranges sont construites au cours des années suivantes. En 1947, Gibeau s’installe sur le boulevard Décarie, mais pas encore à son emplacement actuel. En 1963, son commerce est exproprié lors de la construction de la nouvelle autoroute Décarie. En 1964, il construit l’Orange Julep actuelle à son site définitif, sur le boulevard Décarie (photo).

Aujourd’hui, l’Orange Julep demeure une institution, grâce à son emblématique boule orange. Cependant, les rassemblements de voitures qui faisaient sa renommée n’y ont plus lieu. La densification du quartier à proximité a entraîné des enjeux liés au bruit engendré par ces événements, mettant fin à cette tradition.

Autrefois, la 77 Sunset Strip, anciennement le Bonfire, s'inscrivait dans cette dynamique animée du boulevard Décarie. Derrière son apparence de simple pizzeria, cet établissement servait de repaire au crime organisé. Dans les années 1950, sous l'influence du mafieux Carmine Galante, envoyé par Joseph Bonanno, le restaurant devint un centre d'activités illicites, incluant jeux et paris clandestins. Galante y consolida son pouvoir avec l'aide de Luigi Greco, Vic Cotroni et Harry Ship. Cependant, la pression policière obligea peu à peu la mafia à délaisser l'établissement, qui est finalement abandonné, avant d'être démoli, lors de la construction de l'autoroute Décarie, vers 1964.

L'ouverture de l'autoroute marqua la fin d'une époque. De nombreux commerces disparurent, mais certains, comme l'Orange Julep, trouvèrent le moyen de survivre en se déplaçant à proximité. La construction du boulevard Décarie effaça à jamais cette zone vibrante, qui avait parfois des allures de mini Las Vegas avec ses jeux de hasard et ses restaurants animés.

 

Gloire et déclin de Blue Bonnets

Durant les décennies 1930-1970, Montréal compte plusieurs pistes de course. Les années 1970 marquent l’apogée de l’hippodrome Blue Bonnets, figurant parmi les trois plus grandes pistes de course en Amérique du Nord, avec New York et Chicago.

Cependant, dès 1989, le déclin s’amorce. Blue Bonnets subit le coup de grâce dans les années 1990, victime de l’ouverture du Casino de Montréal, du rachat de ses machines à sous par Loto-Québec et d’une grève des jockeys, en 1993. Tous ces événements affaiblirent l’industrie et menèrent à l’abandon définitif des courses en 2009. Laissé à l’abandon durant neuf ans, l’hippodrome sera détruit en 2018.

L’arrivée du métro, dans les années 1980, a permis un nouvel essor commercial autour de l’ancienne Sunset Strip. Pourtant, la transformation du secteur n’a jamais recréé l’effervescence d’autrefois. Le temps est passé, et avec lui, cette époque dorée du boulevard Décarie s'est envolée, engloutie sous le béton et les échangeurs routiers. Ce qui fut un véritable carrefour de divertissement, de gastronomie et parfois de jeux douteux n’est plus qu’un souvenir pour ceux qui l’ont connu.

Aujourd’hui, l’ancienne Sunset Strip n’existe plus que dans la mémoire collective et quelques photos jaunies. Pourtant, en regardant l’Orange Julep toujours debout, on peut presque entendre l’écho des conversations animées, le vrombissement des voitures et l’excitation des parieurs de Blue Bonnets. Un petit bout d’histoire montréalaise, figé dans le temps, qui continue de briller à sa manière.

Sources et références :

Archives. Sur la piste de Blue Bonnets. Radio-Canada, 3 mars 2022.                                                                                         https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1866361/blue-bonnets-chevaux-course-hippique-pari-sportif-histoire-archives.

Bouchard-Dupont M. Au Ruby Foo’s, pour voir et être vu. Encyclopédie du MEM, 9 septembre 2019. https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/au-ruby-foos-pour-voir-et-etre-vu.

Centre d’histoire de Montréal. Aux courses à Blue Bonnets. Le Journal de Montréal, 11 janvier 2020. https://www.journaldemontreal.com/2020/01/11/aux-courses-a-blue-bonnets.

Gibeau Orange Julep. Historique de l’Orange Julep. https://orangejulep.ca/historique/.

Harrison I. This 1968 review of Miss Montreal is everything. Eater Montreal, 29 janvier 2015. https://montreal.eater.com/2015/1/29/7947339/this-1968-review-of-miss-montreal-is-everything.

Roitman G. Miss Montreal – Queen of the Decarie Dining Strip. The Chronicle review, december 20, 1968. https://news.google.com/newspapers?nid=2422&dat=19681220&id=vP9OAAAAIBAJ&sjid=-EsDAAAAIBAJ&pg=2441,4811941.

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Yvon Desautels (1921-2000)

Par Jonathan Buisson - avril 2025

Né le 9 mai 1921, Yvon Desautels a traversé une époque marquée par des bouleversements mondiaux, des transformations sociales et des évolutions économiques. À son retour de la Seconde Guerre mondiale, il choisit de s’installer à Côte-des-Neiges, un secteur qui, à l’époque, portait encore l’empreinte d’un petit village où les familles se soutenaient et où la solidarité était au cœur de la vie quotidienne. En 1945, après la guerre, Yvon ouvrit une épicerie, au coin des rues Gatineau et Lacombe, qui deviendra bientôt l’un des commerces les plus connus et les plus appréciés du quartier.

Cet épicier n’était pas simplement un commerçant : il était un homme de cœur, un pilier de la communauté. Dans son marché d’alimentation, situé à l’arrière de ce qui est aujourd’hui le Marché du Village, Yvon Desautels ne se contentait pas de vendre des produits de première nécessité. Ce commerce était bien plus que cela. Il est devenu, au fil des années, un véritable lieu de rencontre. Les clients venaient pour y faire leurs courses, mais aussi pour échanger des nouvelles, demander conseil ou simplement passer un moment de convivialité. Yvon Desautels, par sa présence, sa bienveillance et son écoute, a su créer un lien authentique avec chacun de ses clients.

Ce qui distingue Yvon, c’est son sens du service et son dévouement à la communauté. En particulier, il a toujours été attentif aux familles en difficulté, offrant souvent du crédit aux personnes dans le besoin ou aux clients réguliers qui peinaient à payer leurs courses, sans juger ni regarder à la dépense. Dans un contexte d’après-guerre où beaucoup de familles avaient du mal à joindre les deux bouts, son épicerie était un havre de réconfort pour ceux qui traversaient des moments difficiles. Dans un monde de plus en plus tourné vers la rentabilité et la vitesse, Yvon a fait de son épicerie un lieu de soutien, d’entraide et de solidarité.

Le marché d’alimentation Desautels est aussi devenu un véritable carrefour d’emplois pour les jeunes du quartier. Nombreux sont ceux qui, dans les années 1950 et 1960, ont franchi les portes de son magasin pour décrocher leur premier job. Travailler chez Yvon, c’était plus qu’un simple emploi. C’était une expérience qui marquait. Ses employés n’étaient pas seulement des travailleurs, mais des membres d’une grande famille. Plusieurs témoignages d’anciens employés soulignent l’attention qu’il portait à leur bien-être, leur développement et leur épanouissement. Ce rôle de mentor, qu’il a joué sans jamais en revendiquer le titre, a fait de lui une figure incontournable du quartier.

Le commerce traversa les décennies, avec des générations de clients qui se sont succédé. À la fin des années 1970, le quartier commençait à changer et le petit marché d’Yvon commençait à se faire à la fois plus modeste et plus précieux. Le bâtiment où il exerçait, aujourd’hui disparu, était loin de ressembler aux supermarchés modernes. Cependant, sa simplicité, sa chaleur et son atmosphère familiale en faisaient un endroit unique, apprécié de tous. Les livraisons étaient effectuées à bicyclette ou en camionnette, un clin d’œil à l’époque où les petites épiceries locales étaient au cœur de la vie quotidienne des Montréalais.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien de ce commerce. L’avenue Gatineau a changé, et les bâtiments modernes ont remplacé ceux du passé. Toutefois, grâce aux photos conservées par les familles et aux témoignages de ceux qui ont connu Yvon Desautels, on peut encore s’imaginer cet endroit vivant et accueillant, avec ses rayons bien garnis, ses allées étroites, et le bruit des clients qui se saluent.

Yvon Desautels est décédé le 23 juillet 2000, mais son héritage perdure dans la mémoire des anciens du quartier. Pour ceux qui ont eu la chance de le connaître, il reste une figure clé de l’histoire de Côte-des-Neiges, un homme qui incarne l’esprit de solidarité et de communauté d’un quartier aujourd’hui disparu. Il est la preuve vivante que, parfois, ce sont les petites choses qui laissent les plus grandes traces.

En repensant à l’époque où le marché Desautels était une institution, on se souvient non seulement des produits qu’il offrait, mais aussi du lien social qu’il tissait entre les gens. C’est ce genre d’héritage que l’on ne peut oublier. Et tant que les souvenirs des anciens du quartier se transmettront, Yvon Desautels vivra toujours dans nos mémoires.

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Portrait de la Côte-des-Neiges et de ses auberges vers 1850

Par Sylvain Rousseau - octobre 2025

Que connaissons-nous vraiment de l’histoire du village bucolique de la Côte-des-Neiges avant 1850 (image)?  Ce village était composé de cultivateurs et de tanneurs regroupés le long du ruisseau Raimbault. Nous savons que la Rébellion de 1837 avait chassé la famille Twiss, dont la manufacture d’horloges était probablement installée près du moulin à eau (carte vers 1855). Cette rébellion avait incité la famille Snowdon à venir se réfugier à Montréal pour quitter la région de Saint-Eustache. Puis, monsieur J. M. Guilbault avait aménagé un jardin botanique, en 1849, à côté de la petite chapelle Notre-Dame-des-Neiges. On y retrouvait des arbres fruitiers, forestiers et des plantes (image du bas, à gauche - carré rouge). Monsieur Guilbault élevait également plusieurs variétés de volailles.  Le terrain sur lequel se trouvait ce jardin botanique appartenait à la famille d’Antoine Lemieux, le beau-fils de Pascal Persillier, dit Lachapelle, qui avait une terre le long de l’avenue Lacombe actuelle (carte).

D’abord, les auberges de Montréal

À cette époque, au cours de laquelle Montréal était la capitale de la province du Canada, les auberges de Montréal étaient des lieux de rassemblement qui étaient prisés par les militaires et les marins. Il y avait un nombre important de tavernes sur la rue des Commissaires (aujourd’hui avenue de la Commune) et à la place du Marché neuf (aujourd’hui place Jacques-Cartier). Les raquetteurs du Montreal Snow Shoe Club organisaient souvent leurs réunions chez Dolly, de la rue Saint-James (aujourd’hui Saint-Jacques). On voit une peinture de l’intérieur de cette auberge, qui était aussi fréquentée par les militaires (image).

Puis, les auberges de la Côte-des-Neiges

Les auberges de la Côte-des-Neiges, tout comme ses forges, étaient essentielles pour les voyageurs et leurs montures qui étaient de passage.  En plus d’offrir de la boisson, de la nourriture et un logis, les auberges permettaient souvent de réserver des passages en diligence. Certains établissements offraient même d’y faire l’épicerie, comme l’hôtel Moore.     

D’autre part, les auberges étaient des points de rassemblement pour la population du village et surtout un endroit pour boire, se nourrir et festoyer. Elles furent des lieux conviviaux qui permettaient d’échanger des opinions.

De plus, la Côte-des-Neiges devint un lieu privilégié pour les raquetteurs du Montreal Snowshoe Club, qui allaient se réchauffer et se ravitailler à mi-chemin d’une promenade en raquettes sur le mont Royal (image d’une auberge rurale typique). Les Montréalais, qui voulaient fuir la pollution et l’activité urbaine, venaient dans les auberges de la Côte-des-Neiges pour se reposer, respirer l’air pur, pratiquer des sports et observer les couchers de soleil. Certains restaurateurs et aubergistes fournissaient même le transport à cheval, plusieurs fois par jour, entre des établissements de Montréal et ceux de la Côte-des-Neiges, pour offrir à leurs clients les bénéfices de ce lieu de villégiature, situé à proximité de la ville.      

Dès 1847, on entend parler de la Côte-des-Neiges dans les archives du Montreal Snowshoe Club. Cependant, il faut attendre l’année 1856 pour qu’on y mentionne clairement le nom d’une auberge ou d’un hôtel de la Côte-des-Neiges, l’hôtel Moore. E.Z. Massicotte mentionne qu’il y avait quatre hôtels dans ce secteur en 1859 : Moore, Prendergast, Sword et Compain.  Puis, en 1868, on y mentionne le manoir Duclos (hôtel Bellevue). Il faut attendre en 1880 pour entendre parler de l’hôtel Lumkin.

Les aubergistes de la Côte-des-Neiges

J’ai trouvé les noms d’Alexis Bourret et de William McCormick dans une étude énumérant les permis d’alcool octroyés aux aubergistes de la Côte-des-Neiges, entre 1837 et 1842. Puis, dans le recensement de 1851, j’ai trouvé le nom d’Alexis Bourret, avec son titre d’hôtelier, ainsi que la description de son établissement fait de pierres. Les deux autres hôteliers énumérés dans ce recensement sont Séraphin Lussier et Olivier Boudrias, qui avaient des maisons faites en bois.

 

Une belle découverte : l’hôtel de William McCormick

J’ai découvert que William McCormick était le propriétaire de l’hôtel Sultans Head*, situé au coin des chemins de la Côte-des-Neiges et de la Côte-Saint-Luc (maintenant Queen-Mary) (carte de 1857). En observant la configuration de ce bâtiment sur les cartes, il est intéressant de noter que cet établissement prendra le nom de Halfway house, sur la carte de 1869 (dans le carré bleu). Le terme Halfway house réfère au fait que les raquetteurs de Montréal venaient se reposer à cet endroit à mi-chemin de leur randonnée, après avoir traversé une première fois le mont Royal.  Cet hôtel sera renommé Charles Lumkin, vers 1880 (image), plus communément appelé hôtel Lumkin.  On peut aussi voir sur ces cartes que Sword a un terrain adjacent à celui de McCormick, sur lequel se trouve l’hôtel Sword (courbe rouge), qui deviendra l’hôtel Bellevue, puis le Collège Notre-Dame, en 1869.  

Intrigué par le nom de cet hôtel, j’ai découvert qu’il y avait des pipes en écume de mer (illustration) qui portaient ce nom. Ces pipes très recherchées, qui provenaient de Turquie, se distinguaient par une tête de sultan sculptée dans la précieuse matière minérale blanche.   

Une autre découverte : la famille élargie d’Alexis Bourret

Comme Alexis Bourret était un aubergiste qui a eu un permis pendant plusieurs années et qu’il était toujours identifié comme hôtelier dans le recensement de 1851, je me suis intéressé à ce personnage de la Côte-des-Neiges en faisant des recherches généalogiques, ce qui m’a permis d’ouvrir un pan de l’histoire de la Côte-des-Neiges que je ne connaissais pas beaucoup.   

En 1835, lors de son mariage avec Luce Persillier, dit Lachapelle, Alexis Bourret est déjà identifié comme aubergiste domicilié dans la paroisse Notre-Dame, dans laquelle se trouve alors le village de Côte-des-Neiges. Son épouse est la fille de Pascal Persillier, dit Lachapelle (1781-1851) (photo). 

 

Pascal Persillier, dit Lachapelle, était un tanneur et un marchand de la Côte-des-Neiges, qui a participé au développement économique du nord de l’île de Montréal. Il a fait construire un pont à péage sur le tracé actuel du pont Lachapelle, qui a été construit au 20e siècle. Pendant longtemps, le chemin de la Côte-des-Neiges s’est trouvé dans le prolongement de la route 11 qui se rendait dans les Laurentides, en passant par le pont Lachapelle.  

D’autre part, grâce à un descendant de la famille Lemieux qui nous a contactés sur notre site web, j’ai trouvé qu’Antoine Lemieux, qui était propriétaire de l’hippodrome de Côte-des-Neiges en 1862, avait épousé Angèle Persillier, dit Lachapelle (photo). Antoine Lemieux (photo) et Alexis Bourret étaient donc des beaux-frères.     

Un peu de toponymie… et de croisements de chemins

On retrouve ces noms dans la toponymie de deux rues de Montréal. Les rues Lemieux et Bourret de la Côte-des-Neiges se croisent près de l’intersection du boulevard Décarie et du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Je me suis donc intéressé au nom de ces rues et voici ce que j’ai trouvé comme information.

D’abord, l’avenue Bourret, qui est parallèle au chemin de la Côte-Sainte-Catherine, a été nommée en l’honneur du maire de Montréal, Joseph Bourret (1842-1844 et 1847-1849) (photo de gauche), qui était le cousin d’Alexis Bourret.  

   

D’autre part, le nom de la rue Lemieux proviendrait d’un célèbre descendant de la famille d’Antoine Lemieux, qui s’appelait Rodolphe Lemieux (photo de droite). Cet avocat et ministre canadien est identifié comme le cessionnaire de cette voie, en 1929.  La famille Lemieux fait partie des familles pionnières de la Côte-des-Neiges. On dénombre plusieurs mariages de cette famille avec, notamment, les familles Durand, Prud’homme et Legaré de la Côte-des-Neiges.

Il est intéressant de constater que ces rues ont été nommées en l’honneur de personnages importants de notre histoire, qui ont eu un ancêtre, Antoine Lemieux, ou un membre de leur famille, Alexis Bourret, dont les chemins se sont croisés dans la Côte-des-Neiges lorsqu’ils ont épousé deux filles de Pascal Persillier, dit Lachapelle.

En parcourant diverses sources d’information (cartes, généalogie, toponymie, documents, etc.), en faisant des recherches, en partageant des archives familiales et en regroupant toutes ces informations, nous sommes parvenus, encore une fois, grâce à notre curiosité et à notre sens de l’observation, à faire de belles découvertes sur des pans particuliers de notre histoire et sur des familles pionnières de la Côte-des-Neiges.

En creusant l’histoire de l’aubergiste Alexis Bourret et de sa famille élargie, dont son beau-frère Antoine Lemieux, j’espère avoir réussi à mieux vous faire imaginer les activités et les personnages qui animaient le site bucolique de la Côte-des-Neiges, vers 1850.  Et si, par hasard, vous allez au coin des rues Lemieux et Bourret, vous pourrez vous rappeler que ces familles, qui se sont croisées, ont marqué l’histoire de la Côte-des-Neiges.   

   

Sources et références :

Ancestry. Site généalogique.  Arbre Rousseau-Massicotte (incluant recensement de 1851 et registres de la Collection Drouin).  https://www.ancestry.ca

Aquarelle de James Duncan. Côte-des-Neiges vers 1845. Musée National des Beaux-Arts du Québec. https://www.mnbaq.org/collections/oeuvres/cote-des-neiges-montreal#informations

Archives de la famille de Guy Lemieux. Photos des familles Lemieux et Persillier, dit Lachapelle.

BAnQ. Annonce - Jardin Botanique et Commercial de Guilbault. La Minerve, 14 février 1850, p. 4. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4129638?docsearchtext=Jardin%20botanique%20Guilbault%201849

BAnQ. Avis public - William McCormick, aubergiste de la Côte-des-Neiges. Gazette de Québec, volume 22, 12 juin 1845, p. 231. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4370860?docsearchtext=William%20McCormick

BAnQ. Becket H.W. (1882) The Montreal Snow Shoe Club, its history and record.  https://archive.org/details/montrealsnowshoe00beckuoft/page/31/mode/2up?q=cote-des-neiges

BAnQ. Brodeur M, Lachapelle J. (2009). Recherche préalable pour une analyse de l’intérêt patrimonial du Collège Notre-Dame. Carte de 1869 de Jervois-Sitwell (hôtel Bellevue). https://ocpm.qc.ca/sites/default/files/pdf/P67/3b1.pdf

BAnQ. Massicotte E.Z. Vie joyeuse d’autrefois. Le Nicolétain, 24 novembre 1939, p. 2. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4358729?docsearchtext=moore%20sword%20et%20compain

BAnQ. Plan of properties on Mountain. H.W. Perrault (vers 1855). Fonds Cour supérieure, District de Montréal, greffes d’arpenteurs. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3393857?docsearchtext=Plan%20H.%20M.%20Perrault%20C%C3%B4te%20des%20Neiges

BAnQ. Plan showing the properties of the Heirs McCormick. H.M. Perrault, 27 mars 1857.  https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3394125?docsearchtext=Sultans%20Head%20hotel

Désorcy, J. (2023). Entre ancrage et passage : les auberges de Montréal (1837-1842). Mémoire de maîtrise en histoire. Université du Québec à Montréal. Images d’auberges - C. Krieghoff (1845 et 1851).  https://archipel.uqam.ca/17302/1/M18322.pdf

Musée McCord Stewart de Montréal. Peinture - Charles Lumkin Half-Way House, Côte-des-Neiges, 1885.   https://collections.musee-mccord-stewart.ca/en/objects/40294/foyer-de-transition-charles-lumkin-cotedesneiges-1885

Pipe en forme de tête de sultan. Illustration par Sylvain Rousseau.

Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Persillier dit Lachapelle, Pascal (photo). Ministère de la Culture et des Communications. https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=7865&type=pge

Répertoire historique des toponymes, Ville de Montréal.  Rue Lemieux. https://montreal.ca/toponymie/toponymes/rue-lemieux-01337-

Wikipédia. Joseph Bourret (photo). https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Bourret

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