Société d'histoire
Souvenirs et mémoires de la Côte-des-Neiges
2025
Par Sylvain Rousseau - juin 2023
Dans une publication de E.Z. Massicotte (le Cahier des Dix no 4, 1939), il est fait mention d’une pierre énigmatique qui l’incita à effectuer des recherches. En fait, il s’agissait d’une pierre provenant de la maçonnerie de la maison de Pierre Hablin (bâtie en 1723 et démolie en 1928) située sur le site du pensionnat des Sœurs de Sainte-Croix (devenu aujourd’hui une aile de l’hôpital général juif). La pierre se situait au-dessus de la porte d’entrée (sous le toit). Une petite niche aurait servi à exposer une statue de la vierge Marie représentant Notre-Dame-des-Neiges (photos et images).
En 1713, Pierre Hablin épousa Barbe Beaudry, la veuve du censitaire Guillaume Cavelier (1698), avant de faire construire cette belle maison rurale en 1723 sur les terres du censitaire défunt. La façade était dirigée vers la montagne plutôt que vers le chemin de la Côte-des-Neiges.
Cette maison historique a aussi appartenu à Louis Prud’homme, le petit fils du premier capitaine de milice et premier brasseur de Montréal ayant le même prénom, et à la famille de Pierre Durant dit Desmarchais.
Cette pierre a été taillée il y a 300 ans. Nous croyons qu’il s’agit du dernier artéfact de la Côte-des-Neiges datant de la période de la Nouvelle-France.
Par Sylvain Rousseau - février 2024
En juin 2023, pour souligner le 325e anniversaire de la Côte-des-Neiges (1698), la Société d’histoire
Souvenirs et mémoires de la Côte-des-Neiges invitait trois Filles du Roy de la Société d’histoire
des Filles du Roy (1663-1673) à la fête organisée au Parc Jean-Brillant. Il s'agissait de :
Devenu, par la suite, membre de la Société d'histoire des Filles du Roy, Sylvain Rousseau a publié cet article dans l'infolettre L' Écho des Filles du Roy (no 39 - Février 2024) afin de commémorer la contribution des Filles du Roy au peuplement de la Côte-des-Neiges.
Localisation des terres des premiers censitaires de la Côte-des-Neiges
La maison Simon-Lacombe : 275 années de métamorphose
Photo Sylvain Rousseau
La maison Simon-Lacombe est la plus ancienne maison de la Côte-des-Neiges. Elle est située à l’entrée secondaire du cimetière Notre-Dame-des-Neiges (photo). Bien qu’heureusement elle soit classée monument historique et qu’elle soit située sur le site patrimonial du mont Royal, il est triste de constater qu’elle n’est plus habitée. Nous aimerions tant revoir de la vie à l’intérieur de cette belle maison qui symbolise le patrimoine rural de la Côte-des-Neiges, rappelle la vie de ses artisans et incarne l'histoire de la Côte-des-Neiges et de sa métamorphose.
Maison Simon-Lacombe, à partir de 1848 - Fonds Ramsay Traquair
La date de construction de la maison en bois, acquise par Simon Lacombe et située sur le chemin de la Côte-des-Neiges, a longtemps été sujette à discussion. Elle a d’abord été établie à 1713. Puis, à la suite d’autres recherches, on a plutôt estimé sa construction au début des années 1750, après que Joseph Henry Jarry, dit Henrichon, eut acquis le terrain, en 1751. C'est sur ce terrain qu’il établira la seconde tannerie de la Côte-des-Neiges, après celle de Pierre Hay, installée depuis 1737.
Tel que mentionné dans le livre de Conrad Gallant, Jean-Baptiste Lacombe devint propriétaire de la maison, en 1802, puis ce fut Joseph Lacombe, en 1807. Joseph donnera la maison à son frère Simon, en 1814. En 1825, la maison de Simon Lacombe était toujours en bois, mais il la transformera progressivement en maison en pierre. Il léguera finalement la maison en pierre à son fils Joseph, en 1848.
Il semble que les pierres auraient pu provenir du terrain de Pierre Durand, dit Desmarchais (1756-1836), le beau-père de Simon Lacombe. La maison demeura la propriété de la famille Lacombe de 1802 à 1907, soit pendant plus de 100 ans.
Selon Conrad Gallant, plusieurs propriétaires s’y sont succédé par la suite : William Thomas Nicholls, en 1907, puis, l'architecte Grattan D. Thomson, en 1922. Finalement, en 1930, ce fut au tour de l'industriel Russell Smith, secrétaire de la compagnie C. I. L., d'en faire l'acquisition et de tenter de la sauvegarder.
Certains propriétaires, comme William Thomas Nicholls, faisaient la location de cette maison, car j’ai découvert que, dans les années 1910, le lieutenant Auguste Courtois, policier au poste no 18, y habitait.
Dans les années 1950, la Ville de Montréal planifia l’élargissement du chemin de la Côte-des-Neiges. En 1954, Russell Smith, propriétaire de la maison, entreprit des démarches pour faire déplacer la bâtisse alors menacée de démolition, mais ses démarches échouèrent. En 1956, la maison fut expropriée par la Ville.
En 1957, les travaux de démolition débutèrent à l’intérieur. La Commission des sites et monuments historiques du Québec fut avisée que des travaux de démolition de la maison Simon-Lacombe étaient en cours. Cette Commission réussit à faire interrompre les travaux avant que les murs en pierre ne soient démolis. La Fabrique Notre-Dame et la Commission des sites et monuments historiques du Québec conclurent alors une entente stipulant que la maison pouvait être relocalisée sur une parcelle de terrain du cimetière Notre-Dame-des-Neiges.
Démolition, The Gazette, 25 février 1957
Démolition mars 1957, Collection famille Chalifoux
C’est ainsi que le bâtiment sera démonté et reconstruit sur une nouvelle fondation de béton à l’entrée du cimetière, à l’angle de l’avenue Decelles et du chemin Queen-Mary. La structure et les intérieurs du bâtiment n’ont pas été conservés. Sa nouvelle charpente de construction moderne fut cependant recouverte des pierres de maçonnerie d’origine.
On aperçoit sur la carte de 1912 (image), le lieu d’origine de la maison Lacombe, le long du chemin de la Côte-des-Neiges (photo). La flèche rouge pointe en direction de cette maison. En bleu, on aperçoit le tracé du ruisseau Raimbault qui passait à l’arrière et qui, jadis, alimentait la tannerie en eau. La vue aérienne montre le déplacement de la maison vers l'entrée du cimetière (image - flèche blanche).
À l'extérieur, la maison Simon-Lacombe retrouva donc son aspect d’origine de type rural, avec des murs à pignons qui servaient de murs coupe-feu, dotés de corbeaux* en pierre taillée (photo). Selon Conrad Gallant, ces murs à pignons étaient caractéristiques de l'architecture urbaine que l'on retrouvait dans la Ville de Montréal à la suite de l'incendie de 1721. En effet, l'ingénieur Chaussegros de Léry, avec son ordonnance de 1727, proposait ce type d'architecture pour éviter la propagation des incendies d'un bâtiment à l'autre.
* Dans l’architecture québécoise, le corbeau est un élément de pierre ou de bois qui supporte l’excédent d’un pignon découvert
Détail du corbeau d'un mur-pignon (photo Mario Brodeur)
Le bâtiment fut classé monument historique en 1957. Il fait partie du site patrimonial du Mont-Royal et a servi de résidence au directeur général du cimetière jusqu'en 1996.
Photo Sylvain Rousseau
Dans le Plan directeur d’aménagement du cimetière Notre-Dame-des-Neiges (10 mars 2004), on propose de faire de la maison Simon-Lacombe un poste d’accueil et un centre d’interprétation de l’histoire du cimetière. Toutefois, cette proposition ne se concrétisera pas. La maison a été restaurée en 2008, mais a plutôt été utilisée par l’organisation du cimetière pendant quelques années.
Ce plan prévoyait aussi d'aménager un plan d'eau à l'emplacement de l'ancien ruisseau Raimbault, dans le cimetière (carte de 1866 avec le tracé du ruisseau en bleu). Ce plan d’eau n’a toutefois jamais été réalisé.
Maison Lacombe encerclée en jaune, Fortification Surveys, 1866
Malheureusement inhabitée depuis plusieurs années, la maison Simon-Lacombe demeure aujourd’hui un des derniers symboles ruraux du passé de cet ancien village de la Nouvelle-France. Au cours des ans, cette maison en bois fut progressivement transformée en maison en pierre. Puis, comme plusieurs bâtiments de la Côte-des-Neiges, elle fut menacée de démolition. Heureusement, après avoir été partiellement démolie, elle fut sauvée, déplacée et rebâtie. On conserva son allure extérieure, incluant ses pierres, et on s'intéressa à son histoire. En logeant un des premiers tanneurs de la Côte-des-Neiges, cette maison a vu naître les premiers artisans de ce village qui était, jusqu'alors, essentiellement habité par des cultivateurs. Puis, avec l'arrivée du cimetière (1855), le village des tanneurs devint aussi celui des fossoyeurs, des tailleurs de pierre et des jardiniers. L'histoire de cette demeure en est une de métamorphose depuis sa construction, il y a près de 275 ans. Elle est une figure emblématique de l'histoire de la Côte-des-Neiges.
C’est pour cette raison que la photo de cette maison se retrouve sur la couverture du livre Histoire de la Côte-des-Neiges – 325 années de métamorphose. Le photographe a su faire ressortir le côté négligé du bâtiment sur un terrain laissé en friche. Cette photo, pourtant récente, aurait pu être prise 200 ans plus tôt, car, détachée de son environnement urbain, on pourrait croire que cette maison en pierre se situe encore à la campagne comme dans son village ancestral.
Photo Jonathan Buisson
Chaque fois que j’aperçois la maison Simon-Lacombe, je ressens un mélange d’émotions difficile à définir. Il s’agit d’un amalgame de joie, de nostalgie et d’inquiétude. Je suis certes heureux que cette maison existe encore après 275 ans, car elle me rappelle les tanneurs, le ruisseau et le village disparu. Cependant, son état actuel me laisse croire que son avenir n’est pas assuré. J’aimerais tant que cette petite maison soit pleine de vie. En fait, je rêverais qu’elle soit habitée par d’autres vestiges du passé et artefacts auxquels nous aurions tous accès, dans le cadre d’un musée ou d’un centre d’interprétation.
Cette histoire nostalgique m'a inspiré dans l'écriture d'un petit poème :
Pour lire Élégie de la maison Simon-Lacombe, cliquez-ici
Sources et références :
Archives de la Ville de Montréal. Vue aérienne du site de la maison Lacombe.
BAnQ. Atlas of the City of Montreal and vicinity. E. Goad, 1912, plan 228.
https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244204?docref=a6bp5AmBZdI0xNcS6A79tw
BAnQ. Collection d’annuaires Lovell de Montréal et sa région, 1842-2010.
BAnQ. La maison de Côte-des-Neiges. La Presse, 28 mai 1989, p. E8. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2262187?docsearchtext=C%C3%B4te-des-Neiges
BAnQ. Plan directeur d’aménagement du cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Office de consultation publique de Montréal, 10 mars 2004, p. 11. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/59649?docref=HtQ7iZIJpMKNU5Rolh8Olw&fbclid=IwAR0juS4l9eUFugf54q9U0ovsle9fJsPa7Dg0vE2MMcdwDL9YOvipIxVaWm4_aem_AYFXJOiMl3BLqJT0wJeOH8ZTD7Nw4cwzLtqeBpwVfu8mmhSLmSHlSQYw13Ks6AvrufaANLZ91ZPp4myxHAj-0nA-
Collection famille Chalifoux. Photo de la maison Simon-Lacombe en démolition, mars 1957.
Fonds Ramsay Traquair. The Architectural Heritage of Quebec (101870). Photo de la maison Simon-Lacombe sur le chemin de la Côte-des-Neiges.
Fortification Surveys, 1866-1872. Carte de la maison Simon-Lacombe.
Gallant, C. (2009). La reconstruction d’un monument historique : la maison Simon-Lacombe au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Mémoire et histoire, Montréal. Éditions de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal, 51 p.
Meyer J. Fight to keep 1713 house lost as city won’t pay to move it. The Montreal Gazette, 25 février 1957, p. 21. Photo de la maison Simon-Lacombe en démolition. https://news.google.ca/newspapers?nid=Fr8DH2VBP9sC&dat=19570225&printsec=frontpage&hl=en.
Répertoire du patrimoine culturel du Québec. Maison Simon-Lacombe (2020). Ministère de la Culture et des Communications du Québec. https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=92751&type=bien
Par Sylvain Rousseau - avril 2025
En 1737, Pierre Hay devient le premier tanneur de la Côte-des-Neiges. Il s'installe le long du ruisseau longeant l'actuel chemin de la Côte-des-Neiges. Dans son entreprise, il s'associe avec la famille Lenoir, dit Rolland, première famille de tanneurs nés en Nouvelle-France. Cette famille avait elle-même acquis ce savoir-faire provenant de France de la famille Delauney, propriétaire de la première tannerie de Montréal.
Les tanneurs de la Côte-des-Neiges profiteront du généreux débit du ruisseau pour y installer des dizaines de tanneries. La tannerie de l'entreprise Prévost et Gauthier sera la dernière active dans la Côte-des-Neiges jusque vers 1914. Cette tannerie était précisément située à l'emplacement de l'actuelle Maison de la culture Côte-des-Neiges.
Le tanneur utilisait plusieurs outils pour permettre de produire du cuir à partir de la peau des animaux de boucherie. Le procédé de tannage était composé de plusieurs étapes, exigeant l'utilisation d'outils appropriés (photo).
Le couteau à écharner (A) permettait d'effectuer la première étape du tannage. En effet, l'écharnage servait à retirer de la peau les matières putrescibles comme la chair et la graisse.
Lors de recherches archéologiques dans l'ancien Village des tanneries (Saint-Henri) sous l'échangeur Turcot, des ciseaux ont été retrouvés (photo). Cet outil de tanneur avait un usage multiple permettant notamment de tailler le cuir.
Sources et références :
Ancien métier du tanneur. The French Canadian Genealogist. https://www.tfcg.ca/ancien-metier-tanneur
Archives de la Société d'histoire Souvenirs et mémoires de la Côte-des-Neiges
Photo de ciseaux. Répertoire du patrimoin culturel du Québec. https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/detail.do?methode=consulter&id=234129&type=bien
Photo des outils du tanneur. https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Outils_de_tanneur.jpg
Par Sylvain Rousseau - août 2025
Pour bien comprendre l’histoire des tanneurs de la Côte-des-Neiges, il faut remonter aux premiers tanneurs venus de France sur l’île de Montréal. Eux-mêmes fils de tanneurs, ils ont amené en Nouvelle-France leur précieux savoir-faire qui sera transmis de génération en génération. Pour nettoyer, traiter et faire reposer les peaux afin d’obtenir du cuir, ils avaient besoin d’une grande quantité d’eau. Ils s’installèrent donc le long des ruisseaux de l’île de Montréal.
Au milieu du 17e siècle, on retrouve la première tannerie de l’île de Montréal, à Côte Saint-Pierre (maintenant Saint-Henri), au coin des actuelles rues Saint-Jacques et de Courcelles (près de l’échangeur Turcot). Sur la carte de 1831 (plus bas), cet emplacement est indiqué par un point rouge.
Sur cette carte, nous avons aussi indiqué l’emplacement des premières tanneries de Coteau Saint-Louis (point orangé) et celles de Côte-des-Neiges (point jaune). Tous ces points de repère sont aussi reportés sur le plan hydrographique plus loin, ce qui permet, entre autres, d’établir un lien entre l’emplacement des tanneries et les ruisseaux.
Au point rouge, nous retrouvons l’emplacement de la tannerie de Delaunay au pied du ruisseau Glen (no 45). Ce ruisseau, situé dans le bassin versant sud du sommet Westmount, est composé de plusieurs embranchements qui alimentent la tannerie. L’évacuation des eaux polluées s’effectue par le lac Saint-Pierre (no 46) et la rivière Saint-Pierre (no 44). C’est l’emplacement idéal pour une tannerie.
Au point orangé, nous retrouvons les tanneries de Jean-Louis Plessis, dit Bélair, et de Pierre Robreau, situées sur le Coteau Saint-Louis (aujourd’hui le Plateau Mont-Royal). Elles sont établies le long du ruisseau de la Tannerie (no 30), qui prend sa source du côté nord du mont Royal. Les points jaunes correspondent aux deux premières tanneries de la Côte-des-Neiges, le long du ruisseau Raimbault, qui prend sa source à l’emplacement actuel du lac aux Castors (no 39). La première tannerie, celle de Pierre Hay, se trouve le plus à gauche. La seconde fut celle de Joseph Henri Jarry, dit Henrichon.
Côte Saint-Pierre
À la fin du 17e siècle, le Français Charles Delaunay, marchand-tanneur, devient le propriétaire de la première tannerie de Montréal, située à Côte Saint-Pierre depuis au moins 1686, date souvent mentionnée. En 1707, Gabriel Lenoir, dit Rolland, est engagé comme apprenti chez Delaunay et, en 1713, il devient maître-tanneur. En 1714, il épouse la fille de Charles Delaunay et devient l’associé de celui-ci. Après avoir été formé pendant plusieurs années par Delaunay, Gabriel Lenoir, dit Rolland, devient le premier marchand-tanneur de Montréal né en Nouvelle-France. Au cours des prochaines décennies, les fils de Gabriel Lenoir posséderont la plupart des tanneries de Côte Saint-Pierre, au point qu’on nommera ce hameau le village des tanneries des Rolland. Il portera plus tard le nom de Saint-Henri-des-Tanneries.
Coteau Saint-Louis
Vers 1714, Jean-Louis Plessis, dit Bélair, venu de France, construit sa tannerie au Coteau Saint-Louis, au coin des actuelles avenues Henri-Julien et Mont-Royal, puisqu’un ruisseau venant de la montagne se trouvait à cet endroit. Il a obtenu le droit de faire compétition aux tanneurs Delaunay et Lenoir de Côte Saint-Pierre. Son fils Charles devra subir la compétition d’un autre tanneur venu de France, Pierre Robreau, qui s’installera sur le même cours d’eau vers 1742 et qui lui coupera temporairement son alimentation en eau. En 1749, Plessis vendra sa tannerie à Louise de Ramezay, qui en confiera la gérance à Pierre Robreau.
Côte-des-Neiges
En 1737, Pierre Hay (fils) devient le premier tanneur de la Côte-des-Neiges. Il construit une tannerie à l’endroit où est maintenant situé le chemin de la Côte-des-Neiges, dans la pente au nord de l’emplacement actuel du chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Dans cette entreprise, il s’associe à Claude Lenoir, dit Rolland, fils de Gabriel. En plus de Claude, Charles, un autre tanneur, fils de Gabriel Lenoir, dit Rolland, viendra vivre dans la Côte-des-Neiges en 1754.
Pierre Hay, qui était le fils d’un sculpteur et maçon venu de France, a probablement dû apprendre le métier de tanneur en travaillant avec la famille Lenoir de Côte Saint-Pierre. En 1743, il épouse Marie-Françoise, fille de Pierre Robreau, maître-tanneur. Il a donc aussi développé un lien familial avec les Robreau du Coteau Saint-Louis. Dans la Côte-des-Neiges, comme ailleurs, les mariages entre familles de tanneurs seront assez fréquents. Ils faciliteront la transmission de leur savoir-faire.
En 1751, Joseph Henry Jarry, dit Henrichon, achète une partie de la terre d’Antoine Boudrias pour y bâtir une tannerie. Cette tannerie sera située juste à côté de l’ancienne maison fortifiée des Sulpiciens, près de l’actuel chemin de la Côte-des-Neiges, au coin de la future avenue Mountain (devenue Gatineau).
Plusieurs tanneurs s’y succéderont au cours des années. Cette tannerie demeurera en activité jusqu’à ce que Simon Lacombe décide de la convertir complètement en résidence vers 1835. C’est aussi à cette époque qu’il la recouvrira de pierres (photo couleur). Les pierres proviendraient d’une des terres du tanneur Pierre Durand, dit Desmarchais, située dans la grande côte, juste au nord de l’actuel chemin de la Côte-Sainte-Catherine. Elles viendraient du même endroit que celles ayant servi à bâtir la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, et peut-être même du même endroit que celles ayant servi à revêtir la maison de Pierre Hablin (photo noir et blanc), qui était justement située sur une de ces terres.
Joseph Dominique Cardinal, tanneur à Saint-Henri (anciennement Côte Saint-Pierre), viendra s’installer dans la Côte-des-Neiges vers 1825. Son fils Joseph, tanneur, épousera Angélique Lenoir, dit Rolland, fille de tanneur et descendante de Gabriel Lenoir, dit Rolland. D’autres mariages de la Côte-des-Neiges impliqueront des descendantes de Gabriel Lenoir, dit Rolland, et les Boudrias, Goyer et Prud’homme.
Au milieu du 19e siècle, on retrouve une cinquantaine de tanneries le long du ruisseau Raimbault. Même si depuis la conquête de la Nouvelle-France par l’Angleterre, au milieu du 18e siècle, on assiste à l’appauvrissement de la population canadienne-française, dont une partie s’exile vers les États-Unis pour survivre, les familles de la Côte-des-Neiges conservent leurs terres et réussissent à survivre le long du ruisseau grâce à la richesse de leurs terres, mais aussi grâce à l’industrie locale de la tannerie.
Sources et références :
Ancestry. 1851 Census of Canada East, Canada West, New Brunswick, and Nova Scotia. Site généalogique. https://www.ancestry.ca
Archives de la Société d’histoire Souvenirs et mémoires de la Côte-des-Neiges (SMCDN).
Auclair E. J. (1942). Saint-Henri des tanneries de Montréal. Imprimerie De-La-Salle. Montréal. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2561539
BAnQ. Collection d’annuaires Lovell de Montréal et sa région. Places in the neighborhood of Montreal and outside city limits. Notre-Dame-des-Neiges et Village Notre-Dame-des-Neiges Ouest, 1891-1892. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3652783
Desjardins Y. (2014). De la Tannerie des Bélair au village de Côte-Saint-Louis. Histoire du Mile End, chap. 2. http://memoire.mile-end.qc.ca/fr/chapitre-2-de-la-tannerie-des-belair-au-village-de-cote-saint-louis/#tc-comment-title
Gallant, C. (2009). La reconstruction d’un monument historique : la maison Simon-Lacombe au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Mémoire et histoire Montréal. Éditions de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal, p. 34-5.
Giasson G. (2017). Les tanneries de Saint-Henri : de Jean-Talon à l’échangeur Turcot. Histoire Québec 23 (1) : 12-5. https://www.erudit.org/fr/revues/hq/2017-v23-n1-hq03062/85551ac.pdf
Histoire du Québec. Les tanneries au Québec, leur origine et leur développement, 2024. https://histoire-du-quebec.ca/tanneries-au-quebec/
Mahaut V. (2016). Recensement cartographique des anciens cours d’eau de l’île de Montréal et tracé des creux et des crêtes. Faculté de l’aménagement, Université de Montréal. https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/16311/Carte-index-map.pdf?sequence=1&isAllowed=y
Massicotte E. Z. (1939). Notre-Dame-des-Neiges. Les Cahiers des Dix (4) : 141-66. https://www.erudit.org/fr/revues/cdd/1939-n4-cdd06158/1078896ar.pdf
Paré O. Gabriel Lenoir dit Rolland. Encyclopédie du MEM, 1er août 2024. https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/gabriel-lenoir-dit-rolland
Paré O. Le village des Tanneries à l’origine de Saint-Henri. Encyclopédie du MEM, 1er août 2024. https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/le-village-des-tanneries-lorigine-de-saint-henri
Rousseau S. (2025). Histoire de la Côte-des-Neiges – Les premiers artisans. Chapitre 3 : les tanneurs, p. 30-4.
Wyld J. (1831). Map of the harbour city and environs of Montreal for Mc. Gregors British America. Encyclopédie du MEM. https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/files/87034jpg
Par Sylvain Rousseau - mai 2026
Cet article est un extrait du livre Histoire de la Côte-des-Neiges - 325 années de métamorphose.
Le ruisseau Raimbault (ou Notre-Dame-des-Neiges) constituait la colonne vertébrale de ce petit village. Il sortait de terre sur le mont Royal près de l’endroit où se trouve l’actuel lac aux Castors. Il descendait le sommet principal du mont Royal en passant par le site actuel du cimetière Notre-Dame-des-Neiges et longeait ce qui deviendra le chemin de la Côte-des-Neiges. Il serpentait donc entre les sommets ouest (Westmount) et nord (Northmount) du mont Royal, dans ce qui forme une petite vallée. À l’entrée du village, il passait devant la maison fortifiée des Sulpiciens et continuait sa route jusqu’au coin des chemins de la Côte-des-Neiges et Reine-Marie (anciennement chemin de la Côte Saint-Luc) sur la terre de William Gunn où un petit lac avait été aménagé.
Ensuite, le ruisseau effectuait une grande descente vers la rivière des Prairies en passant d’abord à l’endroit correspondant au côté est de l’actuel Collège Notre-Dame. Au bas de la côte, vis-à-vis de la rue de la Peltrie, il bifurquait vers le sud-ouest en passant au beau milieu des terres de la famille Desmarchais.
Finalement, à son extrémité nord, le ruisseau passait sur les terres du marchand et notaire Pierre Raimbault d’où le nom du ruisseau*. Il s’agissait d’un ruisseau intarissable relativement important par son débit qui fera le bonheur des cultivateurs et des tanneurs pendant plus de 200 ans (photo).
* Édouard-Zotique Massicotte mentionne plutôt que le nom Raimbault proviendrait du fait que la source du ruisseau était située sur la terre du sieur Raimbault sur « la grosse montagne », soit la partie est du mont Royal (Le Cahier des Dix, Notre- Dame-des-Neiges, No 4, 1939).
L’arpenteur et géographe des Sulpiciens, Gédéon de Catalogne, en dressant les plans de l’île de Montréal, donnera le nom de Côte Notre-Dame-des-Neiges au chemin qui longe le ruisseau Raimbault. Il fera ainsi une exception à la règle déterminant que le nom de « côte » soit réservé aux chemins qui sont parallèles au fleuve. Comme on le voit sur la carte, les terres seront distribuées de part et d’autre de cette côte dans un axe est-ouest. Cette configuration inhabituelle à l’époque permettra aux cultivateurs, dont les terres sont distribuées en plateaux, d’avoir accès à l’eau du ruisseau tout en diminuant les efforts requis par la culture en pente.
À titre d’exemple, selon le plan de l’arpenteur illustré ici, la rue Lacombe, qui est perpendiculaire au chemin de la Côte-des-Neiges, délimitait un des côtés des terres de la famille Lacombe. Ces terres s’étendaient selon un axe est-ouest plutôt que de s’étendre selon un axe nord-sud comme c’était habituellement le cas sur l’île de Montréal à cette époque. La terre de Joseph Lacombe était située du côté ouest du ruisseau (ou du chemin de la Côte-des-Neiges), tandis que celle de Simon Lacombe était située du côté est. Ils avaient tous deux accès à l’eau du ruisseau pour cultiver leur terre.
À différentes époques, plusieurs petits moulins à eau seront installés le long du ruisseau. Au début du 18e siècle, il y aurait eu un moulin à farine possiblement au coin de l’avenue Ellendale et du chemin de la Côte-des-Neiges. Nous y retrouverons aussi des moulins à scie et peut-être même, au début du 19e siècle, un moulin à carder près de la manufacture d’horloges Twiss* au coin de l’avenue Lacombe et du chemin de la Côte-des-Neiges.
Le ruisseau sera aussi fort utile aux tanneurs et aux autres riverains pour évacuer leurs eaux usées. Malheureusement, l’eau du ruisseau, pure à sa source, s’est progressivement contaminée en dévalant les pentes du mont Royal à travers les tanneries et en se mélangeant avec les eaux usées, les produits chimiques et les autres types de polluants qui y étaient rejetés. Après 200 ans de contamination, le ruisseau allait devenir un égout à ciel ouvert. C’est pour cette raison qu’il sera progressivement canalisé.
Aujourd’hui, le ruisseau Raimbault (ou Notre-Dame-des-Neiges) coule encore sous le chemin de la Côte-des-Neiges. Le seul endroit où on peut encore l’observer est à son embouchure dans le parc Raimbault, juste avant qu’il se jette dans la rivière des Prairies.
* Les horloges Twiss de type grand-père ont été très populaires au Canada. Une horloge Twiss figure sur une photo prise au musée de Lachine. Leur mécanisme était fabriqué en bois. Joseph Twiss et son épouse, originaires du Connecticut aux États-Unis, auront plusieurs enfants dont cinq fabriqueront et vendront des horloges au Québec. En 1823, Austin Twiss établira son atelier sur le chemin de la Côte-des-Neiges, près de la rue Lacombe, pour bénéficier du précieux ruisseau. Ses frères, Benjamin et Joseph, viendront le rejoindre au Québec quelques années plus tard. À la suite du décès d’Austin, son frère Ira viendra aussi au Québec pour remplacer Austin dans l’entreprise. Il épousera la veuve de son frère. En 1932, Russell, le cinquième frère, arrivera dans la Côte-des-Neiges. C’est lui qui déménagera l’entreprise Twiss à Saint-Liguori vers 1837.
Sources et références :
Archives de Montréal. Chronique Montréalité no 18 - la brève histoire des ruisseaux de Montréal.. https://archivesdemontreal.com/2014/11/03/chronique-montrealite-no-18-breve-histoire-des-ruisseaux-de-montreal/
BAnQ. Atlas of the city and island of Montreal. Hopkins H.W. (1879) . https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244120?docsearchtext=atlas+of+the+city+of+island+of+Montreal+Hopkins
Massicotte E. Z. (1939). Notre-Dame-des-Neiges. Les Cahiers des Dix (4) : 141-66. https://www.erudit.org/fr/revues/cdd/1939-n4-cdd06158/1078896ar.pdf
Photo de l'horloge Twiss par Sylvain Rousseau.
Rousseau S. (2026). Histoire de la Côte-des-Neiges – 325 années de métamorphose. Chapitre 1 : le petit village françcais, p. 18-20.