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Société d'histoire

Histoire des résidences de la Côte-des-Neiges

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La petite histoire du site des appartements Rockhill 

Par Sylvain Rousseau et Jonathan Buisson  - décembre 2024

Le terrain où se dressent maintenant les appartements Rockhill, bien adossé à la montagne, avait d'abord été concédé à Gédéon de Catalogne en 1698. Sur la carte de 1912 (image), nous avons superposé les bâtiments du Rockhill actuel, complétés vers 1968 (en gris) et ceux des appartements Rock Hill construits vers 1928 (en pointillé rouge). À cette époque, on retrouvait à cet endroit quelques résidences en bois (en jaune), dont celle du jardinier Amédée Ménard à côté du Montreal Ski Club.

De 1914 à la fin des années 1940, une grande rampe en bois était installée sur ce côté de la montagne, où des compétitions de saut à ski, amateur et professionnel, étaient organisées. Sur la première photo du saut à ski prise vers 1928, on voit un skieur en pleine action se lancer de la montagne, face au cimetière.

 

En bas à gauche, on aperçoit la maison du jardinier Amédée Ménard. Au cours des années 1920, Amédée, accompagné de son gros chien (un danois ou un saint-bernard), s’amusait, le dimanche, à surveiller les vergers environnants. En se berçant sur son balcon, il s’assurait que les visiteurs, en provenance de la ville par le tramway 65, ne sautent pas la clôture du chemin de la Côte-des-Neiges pour venir cueillir courageusement des pommes ou des poires afin d’offrir ce fruit défendu à leur partenaire.  Lorsqu’il y avait des compétitions de saut à ski, la maison d’Amédée Ménard et d’Hélène Girard servait parfois d’infirmerie, lorsqu’un skieur blessé était en attente d’une ambulance.  

C’est à cette époque, vers 1928, que le premier complexe d'appartements, nommé le Rock Hill, fut bâti. Sur cette seconde photo du saut à ski, prise vers 1940, on aperçoit, à gauche, un des bâtiments du Rock Hill, qui était devenu un lieu privilégié, pendant l'hiver pour admirer les skieurs s'élancer dans les airs.

Cette première version du Rock Hill était composée de 133 appartements, de trois à six pièces répartis dans sept unités.  Bien que beaucoup plus modeste que la version actuelle, ce majestueux développement résidentiel, composé doté d’une belle façade (image), offrait un court de tennis (carte de 1954), des aires de jeux pour enfants et un parc arboré majestueux à l'arrière.

Ce premier complexe immobileir du Rock Hill fut démoli, vers 1964, pour permettre, entre 1965 et 1968, la construction des six unités actuelles de 16 à 20 étages. Les bâtiments du Rockhill actuel (photo) offrent une grande diversité de logements (1004 appartements) et de services, incluant une petite galerie marchande et une piscine intérieure. On peut sûrement présumer, à partir de cette annonce, que le coût actuel des loyers dépasse largement celui de 1968 !

Les résidents de ces appartements ont une place de choix pour admirer le panorama environnant. En effet, plusieurs locataires des étages supérieurs ont une vue magnifique sur le nord-ouest de la ville, avec des couchers de soleil saisissants.

 

Cependant, cet important ensemble résidentiel a altéré une partie de la montagne, défigurant le secteur. Cette structure de béton, greffée au flanc de la montagne, cache dorénavant celle-ci. La construction du Rockhill dans les années 1960, combinée à la disparition du village du 19e siècle, a profondément transformé l'aspect de la Côte-des-Neiges. Ce quartier, autrefois bucolique, a cédé la place à une urbanisation visant à densifier sa population, ce qui a contribué à accentuer sa métamorphose.

Sources et références :

Archives de la Société d’histoire de Côte-des-Neiges. Photos du saut à ski.

BAnQ. Annonce du Rockhill. La Presse, 31 août 1968, p. 75. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2681863?docsearchtext=rockhill%20appartments

BAnQ. Atlas of the City of Montreal and vicinity. E. Goad, 1912, plan 228.    https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244204?docref=RLhiUzNL_xgda3SIm8Ls3w

BAnQ. Insurance plan of the city of Montreal, Underwriters Survey Bureau, Novembre 1954 - plan 757-2. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244199?docref=AXNxCrkz3_MuZSlaesch1g

The first park apartment development in Canada. The Gazette, Montréal, 10 février 1940.  Image du premier complexe immobilier du Rock Hill.

 

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La maison J. A. Gougeon au pied de l'Oratoire 

Par Sylvain Rousseau - janvier 2023 (mises à jour juillet 2024, mars 2025)

Au début du 20e siècle, alors qu’on assiste au développement rapide du village de la Côte-des-Neiges, plusieurs belles maisons se construisent, dont celle de la famille Gougeon, au pied de la chapelle du frère André et du futur oratoire Saint-Joseph (photo - années 1950). Cette famille de marchands de Sainte-Cunégonde, comme plusieurs autres familles, dont celle de ma grand-mère, Marie-Anne Doucet, décida de quitter la pollution de Sainte-Cunégonde pour l’air pur et frais de la Côte-des-Neiges.

Vers 1891, Joseph A. Gougeon avait un magasin général situé sur la rue Saint-Jacques, un peu à l’est de l’église de Sainte-Cunégonde. Mon arrière-grand-père, François-Xavier Doucet (à droite sur la photo), quant à lui, avait une petite épicerie située un peu plus à l’ouest, sur la même rue. Quelques années plus tard, J. A. Gougeon viendra s’établir au 1070, chemin de la Côte-des-Neiges. Il deviendra épicier et conseiller à la Ville de Notre-Dame-des-Neiges.

Sur cette photo, on aperçoit J. A. Gougeon, avec son épouse Philomène Doucet, au balcon de leur résidence, vers 1918. À la suite du décès de son épouse, en 1919, Joseph-Alphonse (père) quittera sa belle grande maison, au pied du futur Oratoire, pour aller vivre dans un petit logement, près de l’actuelle rue Jean-Brillant.

Il décédera quelques années plus tard (image). Sa fille Alice continuera de vivre dans la maison familiale avec la famille de l'architecte Joseph Albert Bernier et de Blanche Boisvert, puis avec la famille d'Antonin Rousseau et de Marie-Anne Doucet.

J. A. Gougeon (fils) reprendra l’épicerie de son père et la rénovera, vers 1907. Elle sera vendue à Ovila Prévost et à son gendre, Oscar Motard, en 1911. Ovila Prévost était forgeron juste à côté de l’hôtel Lumkins, avant de devenir épicier avec Oscar Motard. C’est lui qui a fait construire la maison avec une façade de pierre grise qui se retrouve maintenant au 5350, avenue Decelles, au coin de la rue Maréchal.

Dans les années qui suivirent, J. A. Gougeon (fils) ira ouvrir une nouvelle épicerie sur le Plateau Mont-Royal. Vers 1919, il rachètera l’ancienne épicerie Prévost-Motard, sur le chemin de la Côte-des-Neiges. Ovila Prévost et Oscar Motard avaient vendu cette épicerie en 1917, pour aller s’installer un peu plus loin sur le chemin de la Côte-des-Neiges, au coin de l’avenue Maplewood (aujourd’hui Édouard-Montpetit.

Les familles Gougeon et Doucet étaient très liées. J. A. Gougeon était le beau-frère de mon arrière-grand-père F. X. Doucet de Sainte-Cunégonde et de mon arrière-grand-oncle Joseph Doucet (voir arbre généalogique à la fin). À la suite du décès de ses parents, dans les années 1860, Joseph Doucet était venu vivre à la Côte-des-Neiges. Il vivait alors chez la famille du cultivateur Paul Desmarchais et travaillait probablement sur cette ferme. Vers 1878, il épousera Philomène Desmarchais, une petite cousine de cette famille pionnière de la Côte-des-Neiges. Ils vinrent s'installer sur le chemin de la Côte-des-Neiges, en face de la chapelle Notre-Dame-des-Neiges. C'est cette famille qui accueillait le curé Maréchal ou son vicaire pour les messes de la fin de semaine, à la fin du 19e siècle. Joseph Doucet aurait été le pemier de mes ancêtres à avoir habité dans la Côte-des-Neiges. 

En 1923, mon grand-père, Antonin Rousseau, dont la famille grandissait rapidement, racheta l’ancienne maison de la famille Gougeon, au 1070, chemin de la Côte-des-Neiges. C’est à cet endroit que mon père verra le jour en 1924. Antonin était très accueillant et il aimait beaucoup être entouré. Sur cette photo de 1923, on peut voir, à gauche, ma grand-mère, Marie-Anne Doucet, avec son nouveau-né, ma tante Françoise, ainsi que sa belle-sœur, Annie Doucet, avec son bébé Rita. Mon arrière-grand-mère, Exilda Houle, épouse de F. X. Doucet, viendra aussi vivre dans cette maison après le décès de son mari. 

Cette maison fourmilla d’enfants, mais cela n’empêcha pas mon grand-père d’apprécier la présence de ses belles-sœurs, Aimée et Exévérine Doucet (photo), ainsi que de sa cousine, Alice Gougeon (plus bas), sœur de l’épicier J. A. Gougeon (fils).

Aimée Doucet, que l’on voit à gauche de la photo, était l’épouse de Louis Vaillancourt, carrossier de Sainte-Cunégonde. Devenue veuve en 1922, elle était venue s'installer chez les Rousseau. Leur fils Wenceslas, ingénieur civil, fera bâtir une maison, en 1931, au 3225, avenue Lacombe. Wenceslas vivra pendant plusieurs décennies dans cette maison qui existe encore aujourd'hui.

Mon grand-père, qui était alors dans la trentaine, avait un voisin plus âgé qui s’appelait Alfred Bessette, plus communément appelé le frère André. Celui-ci vivait seul dans sa chapelle juchée sur la montagne. Or, il semble qu’il demandait parfois à mon grand-père, comme à d’autres personnes du village, d’aller coucher dans le lit d’invité de sa chapelle pour le rassurer durant la nuit.

En 1928, Antonin déménagea, avec toute sa famille élargie, dans une autre belle maison accueillante de la rue Decelles (photo) avec des balcons tout autour pour permettre à son épouse, à ses nombreux enfants, à ses belles-sœurs et à sa belle-mère d’aller à l’extérieur, tout en étant à l’abri des intempéries. Ses filles, Thérèse et Gertrude, ainsi que sa belle-sœur Exévérine, célibataires, passeront une grande partie de leur vie avec lui.

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Après 1928, Alice Gougeon continuera de vivre dans un logement de cette maison du 1070, chemin de la Côte-des-Neiges, qui sera officiellement divisée en deux adresses (4994 et 4996) lors du grand remaniement des adresses, en 1931. Sa voisine, qui occupait l'autre étage de ce bâtiment, était Dézoade Gaudreau, veuve d’Alphée Bernier, dont la famille venait de s’installer dans la Côte-des-Neiges.  En 1945, après s’être déplacé avec ses épiceries à divers endroits de la Ville de Montréal, Joseph-Alphonse (fils), devenu employé de la Ville, reviendra vivre à la maison familiale avec sa sœur, jusque vers 1953. Pendant longtemps, on verra cette maison bien visible au bout de cette section du chemin de la Côte-des-Neiges (photo vers 1967). Elle sera démolie vers 1970.

 

On peut voir plus bas des sections de l’arbre généalogique de ces quelques familles qui ont participé à la vie de la Côte-des-Neiges. De toutes ces photos de personnages et de bâtiments du début du 20e siècle, il ne reste plus rien d’autre que des souvenirs.

À la suite du 325e anniversaire de la Côte-des-Neiges, il est important de se souvenir de nos ancêtres et des bâtiments disparus, de redécouvrir la vie qui animait ce village et l’attachement des gens envers leur quartier. Il faut continuer à partager notre mémoire et notre histoire à travers nos photos et nos souvenirs… avant d’avoir tout oublié.

Sources et références :

 

Ancestry. Arbre Rousseau-Massicotte. Site généalogique.  Photo de la notice nécrologique  de J. A. Gougeon (père). https://www.ancestry.ca

Archives de la famille Rousseau. Photos des maisons Gougeon et Rousseau, de l'épicerie de F.  X. Doucet, à Sainte-Cunégonde,  et des familles Gougeon. et Doucet.

Archives de la Société d’histoire de Côte-des-Neiges. Photo de la maison Gougeon avec l’Oratoire dans les années 1950.

Archives de la Ville de Montréal. VM097-Y-02-D004B-033.  Photo de la maison Gougeon en 1967.                    https://archivesdemontreal.ica-atom.org/uploads/r/ville-de-montreal-section-des-archives/e/8/c/e8c8fddae05d7d8c1b1e325891a5e70d5fd07c4ff53022ace5150868d48facd0/VM097-Y-02-D004B-033.jpg

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La maison Saint-Loup et le secteur nord de l'avenue Gatineau

Par Sylvain Rousseau - février 2024

Le secteur nord de l’avenue Gatineau, situé entre le boulevard Édouard-Montpetit et le chemin de la Côte-Sainte-Catherine (pointillé blanc sur l’image de gauche) n’a été développé qu’à partir de 1930. Pendant longtemps, ce secteur, traversé par le ruisseau Raimbault (no 2) et situé près de l’église presbytérienne (no 1), fut cultivé par les familles Hugues et Sarrazin. Tel qu’identifié sur la carte de 1879 à gauche, on y retrouvait alors le château Lacombe (no 3) et la ferme de Thomas Hugues (no 4), devenue aujourd’hui le parc intérieur du Jardin des Saules. 

Le château Lacombe, qui avait servi de presbytère jusqu’en 1925, fut démoli vers 1930 pour permettre le développement de bâtiments à logements, tant du côté du chemin de la Côte-des-Neiges que du côté de l’avenue Gatineau. Le château Lacombe était situé en face de l'actuelle église Saint-Kevin, un peu en retrait sur le chemin de la Côte-des-Neiges.  Sur la carte de 1940 (image de droite), on peut observer la présence d’immeubles à logements multiples, dont celui de la famille Saint-Loup (encerclé en blanc). Des édifices à logements plus imposants seront construits au cours des 20 années suivantes pour compléter la densification de ce secteur.  

Joseph Saint-Loup (1897-1971), représentant des ventes né en France, fut un des premiers à venir s’installer avec sa famille dans ce secteur de l’avenue Gatineau en 1930 (photo). Il demeura au 5639, avenue Gatineau, pendant 35 ans avant de vendre sa maison au fils de Joseph Drouin de l’Institut de généalogie (Collection Drouin). Depuis 1987, Downes Ryan, membre de notre Société d’histoire, habite au rez-de-chaussée de ce bâtiment, là où vivait précisément Joseph Saint-Loup. Après avoir acheté cette maison en 1984, Downes et son frère Jacques l’ont vendue à Daniel, le fils de Jacques, en 2019

En fait, à l’origine, c’est le père de la famille  Ryan, Jean-Jacques, qui était venu s’installer sur l’avenue Gatineau, en 1953, avec son épouse, Pauline Rousseau, et ses fils Downes et Jacques. Jean-Jacques, qui travaillait à l’Imperial Oil, a d’abord vécu avec sa famille dans l’appartement no 2 du 5640, avenue Gatineau, juste en face de la maison Saint-Loup. Cet appartement venait d’être libéré par la famille de ma cousine Louise Trudel, membre de notre Société d’histoire.  Par la suite, les Ryan déménagèrent au 5580, avenue Gatineau. Ils étaient voisins de mes grands-parents Massicotte qui habitaient au 5582, avenue Gatineau, au début des années 1960. Les Ryan demeurèrent à cet endroit jusqu'en 1987, année à partir de laquelle ils iront vivre dans leur résidence du 5639, avenue Gatineau (photo).

En 1998, Downes et Jacques, propriétaires du 5639, avenue Gatineau, ont mérité le titre de Grand Lauréat de Montréal pour la qualité exceptionnelle du travail d’entretien, de valorisation et de préservation du patrimoine architectural montréalais.

Le 7 février dernier, j’ai eu le bonheur de rencontrer Downes (photo) à sa demeure de l’avenue Gatineau. Downes, qui a de profondes racines dans le quartier, vit sur cette portion de l’avenue Gatineau depuis plus de 70 ans

Après discussions sur ces belles années passées sur la rue Gatineau, nous avons constaté que Downes connaissait ou avait connu plusieurs membres de ma famille. 

Il se souvient de ma mère, Claude Massicotte, qui était une des meilleures amies d’Hélène Saint-Loup, fille de Joseph. On voit d’ailleurs ma mère (à gauche) avec Hélène (à droite) devant la maison de la famille Saint-Loup, vers 1950 (photo). Elles s’apprêtent à aller faire un tour à la patinoire locale.

Downes a aussi connu d'autres membres de la famille Massicotte, dont mon oncle, le comédien Yves Massicotte. Tout comme ma mère et moi, Yves venait souvent visiter ma grand-mère Massicotte qui a longtemps demeuré au 5605, avenue Gatineau, à deux pas de cette maison.

Par ailleurs, il a également travaillé comme professeur au collège Saint-Laurent avec mon frère Yves Rousseau comme collègue.

 

En parcourant ce tronçon de l’avenue Gatineau et en observant les bâtiments qui le bordent, on retrouve certaines caractéristiques architecturales particulières, dont l’absence d’escaliers extérieurs en colimaçon en façade. De plus, il est clair que plusieurs propriétaires comme la famille Ryan se préoccupent de l’entretien de leur bâtiment, de sorte que le patrimoine bâti du voisinage est bien conservé.

C’est comme si, depuis le début des années 1960, ce secteur était resté figé dans le temps. En effet, depuis plus de 60 ans, son paysage environnant a peu changé compte tenu du soin apporté à la préservation de son patrimoine architectural. C’est grâce à l’implication et aux efforts d’individus comme Downes et de familles comme les Ryan et les Saint-Loup, véritables pionniers de la Côte-des-Neiges, que nous pouvons encore aujourd’hui apprécier la beauté de notre quartier et de son histoire.                   

 

Sources et références :

Ancestry. Arbre Rousseau-Massicotte. Site généalogique. https://www.ancestry.ca

Archives de la famille Rousseau. Photo de Claude Massicotte et Hélène Saint-Loup.

Archives de la Société d’histoire de Côte-des-Neiges. Photo de la maison Saint-Loup.

Archives des familles Saint-Loup et Ryan. Photos du bâtiment et images du Grand Lauréat.  

BAnQ. Atlas of the city and island of Montreal. Hopkins H. W. (1879), p. 90. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244120?docref=y53RAFx3jjdtrzqm3r69HQ

BAnQ. Insurance plan of the city of Montreal, Underwriters Survey Bureau, 1940, plan 752.  https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244217?docref=4CEd_BQXbf-J_eIp8aJwkQ 

 

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Downes Ryan laisse sa marque sur l'avenue Gatineau

Extrait d'un article de la revue La lucarne de l'APMAQ - été 2024

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La maison Claude

Par Dominique Nantel Bergeron - septembre 2024

L’autrice est la petite-fille de Charlotte Nantel, l’arrière-petite-fille de Régina Claude et l’arrière-arrière-petite-fille de Philomène Lecompte, toutes trois nées à Côte-des-Neiges.

 

Le présent article porte sur une maison qui a déjà fait l’objet d’une publication dans ces pages (voir Sylvain Rousseau, Sources et références). Dans le texte qui suit, je remonte jusqu’à l’origine de sa construction et je m’intéresse à ses premiers habitants.

 

L’arrivée des Claude à la Côte

L’histoire commence par un déménagement. En 1838, Pierre Claude, Marie Lauzon et leurs trois enfants quittent l’Île Bizard pour venir s’installer à la Côte-des-Neiges. Le fils aîné, également prénommé Pierre, est alors âgé de quatre ans. Une cinquantaine de tanneries existent alors de part et d’autre du ruisseau Notre-Dame-des-Neiges. En 1851, Pierre Claude (père), qui exerce le métier de tanneur, se porte acquéreur d’un terrain situé au cœur du village et qui comprend une maison de bois et une tannerie. Au fil des années, d’autres lopins de terre, à l’est et au sud, viendront se greffer à la propriété.

Terrain de Pierre Claude le long du chemin de la Côte-des-Neiges (lot no 23, pointillé jaune), détail du Plan du système d’aqueduc, Archives Ville de Montréal, 1860.

Le fils remplace le père

Marie Lauzon donnera naissance à douze enfants, dont neuf verront le jour à Côte-des-Neiges. Les conditions de vie ou l’environnement à la Côte ont peut-être une incidence sur la viabilité des enfants Claude, puisque sept petits ne franchiront pas le cap des deux ans. Comble de malheur pour la famille, en août 1858, soit deux ans après la dernière naissance, Marie meurt à son tour. Elle est âgée de 46 ans. Dans les mois qui suivent son décès, Pierre Claude (père) épousera Henriette Gougeon, une veuve de Côte-des-Neiges, déjà mère de deux enfants. Pierre Claude, le fils [ci-après « Pierre Claude »], alors compagnon tanneur, rachètera l’ensemble de la propriété et de la tannerie [pour une description des biens voir l’Inventaire des biens après décès de Marie Lauzon].

Quatre ans plus tard, lorsque Notre-Dame-des-Neiges obtient son statut officiel de village, Pierre Claude fait son entrée à l’hôtel de ville. Tout en pratiquant le métier de tanneur, il devient maire du village en 1867 et le restera durant 25 ans, soit jusqu’en 1892. Il a 32 ans quand, en 1866, il épouse Philomène Lecompte, fille et petite-fille de tanneurs, originaire de Côte-des-Neiges. Comme dans la génération précédente, sept des treize enfants de Pierre et Philomène vont mourir en bas âge. Trois fils et trois filles — Eugénie, Régina et Berthe — survivent à l’hécatombe. Aucun des garçons n’aura de descendants, ce qui mettra fin à cette lignée « Claude », mais non pas à la transmission des gènes puisque, à elle seule, Eugénie Claude donnera naissance à vingt-deux enfants !

Construction d’une nouvelle tannerie

Comme rapporté dans les pages du journal Le Pays du 12 novembre 1870, un feu s’est déclaré vers une heure du matin dans la tannerie à vapeur de Pierre Claude. Aussitôt l’alarme donnée, une quarantaine d’hommes se sont réunis pour arrêter l’incendie. Puisqu’il n’y a pas de pompes, ils ont fait la chaîne et sont parvenus à maîtriser le feu avec l’eau transportée dans des seaux sur une petite distance [on imagine à partir du ruisseau]. Une partie de la tannerie est détruite et différentes pièces du mécanisme de la chambre des machines ont subi des dommages considérables. Les pertes couvertes par l’assurance sont évaluées à environ 1 200 $. Ce compte rendu de journal, quoique succinct, nous donne un aperçu du fonctionnement de la tannerie Claude. Selon la description d’un acte du registre foncier de 1874, Pierre Claude a fait reconstruire une tannerie de trois étages en bois qu’il fera lambrisser en brique.

Entre 1885 et 1889, Henry Bunnett, un artiste d’origine anglaise qui séjourne au Canada, peint une aquarelle représentant une tannerie de la Côte-des-Neiges. Est-ce celle de Pierre Claude ? L’hypothèse est vraisemblable puisque l’édifice de trois étages que l’on voit sur l’œuvre de Bunnett semble correspondre à la description faite dans l’acte foncier de 1874. D’autant qu’en 1888, il ne reste que cinq tanneries à la Côte-des-Neiges, et celle de Pierre Claude est la plus importante.

Collection du Royal Ontario Museum, aquarelle de Henry Richard S. Bunnett (entre 1885 et 1889), « Côte-des-Neiges Tannery », Montréal, no 957.265.59 [ROM2012_12870_15].

Construction d’une nouvelle maison

Les cartes et les plans anciens indiquent, jusqu’en 1879, la présence d’une maison en bois sur la propriété des Claude. Le recensement de 1891 fait par ailleurs mention de l’existence d’une demeure en brique de deux étages. La nouvelle demeure des Claude, datant de l’époque victorienne, aura donc été construite entre 1879 et 1891.

Recensement de Pierre Claude et sa famille, à noter la présence de Lily Rourke, une jeune irlandaise de neuf ans. La première colonne indique « Br 2/16 », le « Br » signifie bâtiment en brique, le « 2/16 », une maison de deux étages comprenant 16 pièces, Recensement du Canada de 1891, BAC.

En 1892, Régina Claude, la fille de Pierre et Philomène, épouse Émile Demers, un libraire tenant commerce sur la rue Notre-Dame. Au moment de signer le registre de mariage dans la chapelle Notre-Dame-des-Neiges, le curé Napoléon Maréchal, qui 20 ans plus tôt baptisait Régina, demanda à Adhémar, le frère aîné du marié : « Signez-vous, Monsieur Demers ? ». Le cultivateur lui répondit du tac au tac, et avec un brin d’humour, « Quand j’en ai l’occasion, monsieur le curé ». Confus, l’abbé Maréchal s’excusa en expliquant que les cultivateurs de la Côte ne savent généralement pas signer [Anecdote rapportée par André Demers]. Les époux emménagent chez les parents de la mariée, dans la grande maison victorienne où vont naître six des sept enfants Demers, dont ma grand-mère Charlotte.

La maison Claude sur le chemin de la Côte-des-Neiges abrita trois générations.

Un beau dimanche, Pierre Claude dormit mal et, contrairement à ses habitudes, décida de garder le lit. Comme son mari ne se levait pas pour dîner, nous apprend le journal La Patrie du 4 octobre 1897 sous le titre « Quatre morts subites », Philomène alla pour l’éveiller et le trouva sans vie.

Disparition de la tannerie Claude

En 1891, il restait deux tanneries à la Côte-des-Neiges, celle de Pierre Claude qui engageait 25 employés et celle des Prévost, située en face. En 1893, la tannerie Claude existait toujours puisqu’un acte notarié en fait mention. Sa disparition suivit le décès du tanneur (1897), mais survint avant 1907. En effet, une carte de cette époque montre la présence d’une construction nouvelle de deux étages à l’endroit où s’élevait la tannerie Claude. Il s‘agit de duplex locatifs identifiés comme « maison appartement » dans le recensement du Canada de 1911.

Évolution des bâtiments, maison et tannerie Claude, sur le chemin Côte-des-Neiges (lot no 23). La tannerie Claude, en forme de « U », est identifiée en gris sur la carte de 1868. Un nouveau bâtiment abritait la tannerie en 1879. En 1907, elle était remplacée par un bloc appartements. 1) église ; 2) tannerie Gauthier & Prévost.

La maison Claude sur le chemin Côte-des-Neiges

Sur la photo ci-dessous, l’œil est attiré par l’édifice au premier plan, le scolasticat. Comme on dit, le diable est dans les détails. Grâce à la qualité du cliché, l’agrandissement de l’arrière-plan nous donne cependant accès à une portion du chemin de la Côte-des-Neiges tel qu’il existait il y a plus de cent ans. Second petit miracle, la photo a été prise en automne ! Les érables qui bordent le chemin sont dépourvus de feuilles, on peut ainsi apercevoir la maison des Claude, à travers les branches dénudées ! Sur le sud du terrain, des duplex à appartements coiffés de pignons occupent l’emplacement où se trouvait autrefois la tannerie Claude.

Maison Claude entourée d’une petite clôture de bois et bloc appartements avec deux pignons, 1) l’ancienne église, 2) débris de la tannerie Gauthier & Prévost (un bâtiment de cinq étages, possiblement construit vers 1907 et démoli entre 1914 et 1916 pour permettre l’élargissement du chemin), détail de la photo du scolasticat ci-haut, Archives du Collège Notre-Dame, vers 1916.

Les héritiers de Philomène

Comme ce fut le cas pour Pierre Claude, les journaux de l’époque nous renseignent sur les circonstances entourant la mort subite de Philomène Lecompte. Au printemps 1907, « Mme Pierre Claude » se rend chez sa bonne amie, Herminie Martin-Versaille, l’épouse du notaire Eustache Prud’homme. Partie en bonne santé de sa maison, elle meurt une heure après son arrivée. Les biens de Philomène sont séparés à parts égales entre ses quatre héritiers, Raoul, Eugénie, Régina et Berthe. Ils se retrouvent devant des avoirs assez importants pour l’époque, principalement constitués de propriétés. Ils procèdent à des échanges, des partages des titres et des ventes de lots. Régina et Émile continuent d’habiter la maison Claude jusqu’en 1910, année où ils emménagent dans une maison située sur l’avenue Maplewood [l’actuel boulevard Édouard-Montpetit] à l’angle de l’avenue Gatineau. La maison Claude sera louée et servira d’école protestante durant trois ans.

La location des duplex à l’angle de l’avenue Claude et Côte-des-Neiges fournira certains revenus aux héritiers. Au fil du temps, le besoin d’argent se fera plus pressant. Servant de monnaie d’échange, les terrains de la succession seront hypothéqués et mis en gage à répétition. À lui seul, Raoul Claude multipliera les emprunts. Après une série de déboires financiers, et suite à un verdict en cour supérieure, Raoul perd ses droits sur la part des terrains dont il a hérité. Alcidias Dagenais, l’époux de Berthe Claude (une des héritières de Philomène), les rachète in extremis des mains du shérif.

              

La maison déménage !

En 1916, les héritiers vendent, pour la somme de 30 000 $, les lots 23-1 à 23-5 et 24-1 aux commissaires d’école de la municipalité : la maison Claude doit disparaître. J’avais certaines réticences à croire ma tante Mimi (fille de Charlotte Demers et petite-fille de Régina Claude) quand elle me disait que la demeure familiale avait été transportée à l’angle des avenues Lacombe et Gatineau… transporter une maison ! Eh oui ! Pierre Dalceggio, un autre petit-fils de Régina Claude, m’a aussi raconté que sa mère, Yvette Demers, était bel et bien née dans cette maison et que le bâtiment avait été déménagé. La preuve finale est venue d’un acte du registre foncier (no 325 216) rapportant la vente des lots 27-38 et 27-39, en 1916, à Alcidias Dagenais, l’époux de Berthe Claude et qui contient la mention suivante: « … les maisons et bâtisses que le présent acquéreur fait actuellement transporter ». Sitôt fait, la propriété est mise en vente. L’impatience du vendeur se sent dans les petites annonces qu’il fait paraître au fil des semaines. Sept mois après le déménagement, Alcidias propose même d’échanger la maison contre… une automobile !

La maison Claude, située au 1261 Côte-des-Neiges, a été transportée sur l’avenue Lacombe vers 1916 pour faire place à l’école. Le terrain des Claude dans l’encadré pointillé. 1) église ; 2) tannerie Gauthier & Prévost.

La maison Claude

La maison construite par Philomène Lecompte et Pierre Claude, tanneur et maire de Côte-des-Neiges durant 25 ans, aura échappé aux pics des démolisseurs grâce aux efforts de leur gendre Alcidias Dagenais. Elle s’élève toujours aujourd’hui sur l’avenue Lacombe, à l’angle de l’avenue Gatineau. Trois générations y auront vécu et tous les enfants Demers qui apparaissent sur la photo ci-dessous y sont nés. Pour ces raisons et compte tenu de son histoire, je propose de la baptiser « maison Claude ».

Maison Claude, dorénavant située au 3506 avenue Lacombe, photo Mimi Nantel (fille de Charlotte), vers 1983 ; à droite, les enfants Demers, nés dans cette maison alors qu’elle se trouvait sur le chemin de la Côte-des-Neiges.

Sources et références

Archives Ville de Montréal, 1860-3 : Plan du système d’aqueduc à Montréal, CA M001 VM066-4-P049, 1860, planche 7, Côte-des-Neiges, [en ligne, https://archivesdemontreal.ica-atom.org/1860-3-plan-du-systeme-daqueduc-montreal-186].

BAnQ [en ligne] : Cartes et Plans, Sitwell, Contoured plan of Montreal and its environs, Quebec, triangulated in 1865 and surveyed in 1868-9 ; Chas. E. Goad, Atlas of the City of Montreal and vicinity, 1907; Archives des notaires, Narcisse-M. Lecavalier, Inventaire des biens après décès de Marie Lauzon, acte no 781, 9 août 1858 ; Vente et adjuration de Pierre Claude à Pierre Claude fils, no 839, 11 décembre 1858 ;  Journaux, La Presse, 20 novembre 1884 ; Montreal Herald and Daily Commercial Gazette, 3 septembre 1867 [Pierre Claude à l’hôtel de ville] ; Le Pays, 12 novembre 1870 [feu tannerie Claude] ; « Mort subite de Mme Pierre Claude », La Presse, 26 mars 1907 ; La Patrie, 30 mars 1907 ;  John Lovell, « Lovell's Historic », 1891, p. 145-146 [description de Côte-des-Neiges] ; Annuaire de 1892-93, dans la section « Places in the neighborhood of Montreal outside city limits; Notre-Dame-des-Neiges », page 921 [dernière apparition de Pierre Claude à titre de maire].

Fonds privé Nantel-Bergeron, texte de Mimi Nantel, p. 24 [notes famille Claude et Lecompte] ; texte d’André Demers, neveu d’Émile Demers, « Notes sur la famille Demers », vers 1960, p. 2 [anecdote du curé Maréchal].

« Montréal Law Reports, Court of Queen’s Bench », James Kirby, Editor, 1888, Vol. IV, p. 205 [nombre de tanneries à Côte-des-Neiges].

Registre foncier du Québec en ligne, circonscription de Montréal, cadastre « Village Côte-des-Neiges », lot no 23, acte n80 813 de 1874 ; acte no 307 929 de 1915 [rachat au shérif] ; no 314 908 de 1916 [vente à la commission scolaire].

Joanne Burgess, « Work, Family, and Community: Montreal Leather Craftsmen, 1790–1831 », thèse présentée à l’Université du Québec à Montréal, 1986 [les tanneries de Côte-des-Neiges].

Éliane Labastrou, « Généalogie des Claude de l’Île Bizard, dans Histoire de l’Île Bizard », Île-Bizard, 1976, puis révisé en 2015 et 2018, version 2018-09, 9 pages [famille Claude] [en ligne : https://www.sphib-sg.org/fib/ClaudeC.pdf].

Sylvain Rousseau, « Le bâtiment du Caravane Café », mai 2024 [en ligne : https://smcdn.ca/articles-commerces#caravane].

 

 

© SHCDN et Dominique Nantel Bergeron, 2024.

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La résidence Antoine Robert 

Par Sylvain Rousseau - février 2025

La résidence Antoine Robert, qui n’existe malheureusement plus aujourd’hui, a eu plusieurs vies. Au même endroit, il y eut autrefois le manoir des Sulpiciens. Cette maison fortifiée fut bâtie au 17e siècle, sur un plateau situé entre les trois sommets du mont Royal, tout près d’un ruisseau dont le tracé suivait le chemin de la Côte-des-Neiges.  À cette époque, les Français étaient encore en guerre contre les Iroquois et les gens, comme les Sulpiciens, qui vivaient sur l’île de Montréal, devaient se défendre contre des attaques potentielles. Cette maison solitaire, située en Nouvelle-France, loin des remparts de la ville, a donc probablement été fortifiée pour mieux résister à ces attaques. 

En 1698, lors de la fondation de la Côte-des-Neiges, la maison des Sulpiciens fut achetée par le censitaire Jean Desforges, dit Saint-Maurice. Par la suite, certains des propriétaires de cette résidence furent Antoine Boudrias (1763), Pierre Hay, fils du premier tanneur de la Côte-des-Neiges, et John Ogilvy (1833), traiteur de fourrures, qui y avait établi la ferme Airlie, en souvenir du château familial situé en Écosse, au nord d’Édimbourg.

Le comptable et financier Antoine Robert (1852-1932) deviendra propriétaire de l’ancienne maison fortifiée des Sulpiciens, en 1890. Sur la photo prise vers 1901, on voit le bâtiment construit par Antoine Robert, en 1898, à la suite de l’incendie du bâtiment d’origine, vers la fin du 19e siècle. Cette résidence aux allures princières a été reconstruite sur les ruines de l’ancienne maison des Sulpiciens, qui était si solide qu’il a fallu dynamiter ses fondations. Antoine Robert fit recouvrir sa maison du granit provenant de la carrière de Joseph Brunet et nomma sa résidence « Les Lilas ».

Selon le recensement de 1901, la maison comptait 20 pièces, réparties sur deux étages.  Au rez-de-chaussée, l’entrée principale donnait sur un vestibule, puis sur le grand hall, avec l’escalier menant à l’étage.  Du côté gauche de ce hall se trouvaient la grande salle à manger et la salle à déjeuner.  Du côté droit, un bureau et le salon.  Au fond, derrière ces pièces, la cuisine et deux pièces de service.  L’étage était occupé par plusieurs chambres. Derrière la maison, Antoine Robert avait fait ériger des dépendances (carte), soit une grande écurie en pierre, une glacière (transformée en garage, après 1924) et une laiterie.  Sur la partie sud du terrain, un caveau à légumes existait depuis le milieu du 19e siècle. Le ruisseau Raimbault (flèche jaune) passait devant la résidence du 4911, chemin de la Côte-des-Neiges (flèche rouge).

 

Bien que le Trust Royal devint propriétaire de la résidence en 1911, Antoine Robert continua à y demeurer jusqu’en 1920. En mars 1921, la Fabrique Notre-Dame de Montréal (propriétaire du cimetière) en fit l’acquisition, à la suite d’une vente publique et procéda à des rénovations, notamment au niveau du toit et du système de chauffage. 

Par la suite, la propriété fut habitée par le surintendant du cimetière, Évariste Dupré et sa famille. Son successeur, Joseph Arthur Cyrille Corbeil (1886-1967) y résida de 1924 à 1937 avec sa famille. C’est d’ailleurs à cet endroit que Jean-Jacques Corbeil, le père de Jean-François Corbeil, membre de la Société d’histoire, est né, le 5 septembre 1924. À la suite du départ de la famille Corbeil, la maison a été inhabitée pendant quelques années, puis a été louée à divers organismes, dont la troupe de théâtre Les Compagnons de Saint-Laurent (1940) et le Collège Marie de France (1944). 

En 1953, l’avenue Decelles (flèche bleue) fut prolongée entre les chemins de la Côte-des-Neiges et Queen-Mary, en longeant la résidence Antoine Robert (flèche rouge). Pour cette raison, toutes les dépendances situées à l’arrière furent démolies, sauf la laiterie qui aurait été déménagée temporairement au cimetière.  Aujourd’hui, on retrouve le Château Decelles (flèche verte) à l’emplacement de l’ancien bâtiment (photos).  

En 1956, Edgar Wray l’acheta et la transforma en salon funéraire. 

Sur la photo suivante, on voit l’arrière de la maison Antoine Robert, devenue le centre funéraire Rosedale. Cette photo a été prise en 1961, à partir de l’entrée secondaire du cimetière, située au coin des avenues Decelles et Troie. Cette belle résidence fut vendue, en 1972, et détruite l’année suivante, pour faire place au Château Decelles.

Jean-François Corbeil se souvient que son père, Jean-Jacques, était très attaché à la maison de son enfance, qui a aussi été son lieu de naissance. Cet intérêt pour l’histoire des lieux lui a été transmis par son père. Jean-François nous a mentionné qu’il était heureux de contribuer à la commémoration de l’histoire de cette résidence. C’est pourquoi il a partagé avec nous plusieurs lignes de ce texte concernant la description du domaine et de ses habitants, ainsi que cette superbe photo de la maison Antoine Robert, prise à l’automne 1972, soit juste avant sa démolition.

Sources et références :

Archives de la Société d’histoire. Photo de la maison derrière le ruisseau.

Archives de la ville de Montréal. Avenue Decelles, 1953. VM94-Z513-4. https://archivesdemontreal.ica-atom.org/uploads/r/ville-de-montreal-section-des-archives/5/0/50054/VM94-Z513-4.jpg

Archives de la ville de Montréal. Dossier D329 - Vues vers le mont Royal : développement urbain, 17 octobre 1961. VM105-Y-2_329-012. https://archivesdemontreal.ica-atom.org/vm105-y-2-329-012

BAnQ. Atlas of the City of Montreal and vicinity. E. Goad, 1912, plan 228.

https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244204?docref=RLhiUzNL_xgda3SIm8Ls3w

BAnQ. Insurance plan of the city of Montreal, volume 7, Underwriters Survey Bureau, November 1954, plan 757-2.   https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244199?docref=AXNxCrkz3_MuZSlaesch1g

BAnQ. Brunet J. (1901). Monuments du Mont-Royal. Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, p. 58-60. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3110976?docref=nTPv3eHFAvsCOSiU6IfF1g&docsearchtext=Les%20monuments%20du%20mont-royal

Collection Marianne et Jean-François Corbeil. Photo de la maison Antoine Robert (1972).

Google Street View. Photo du Château Decelles.

 

Ce texte a été écrit avec la collaboration de Jean-François Corbeil.

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La maison au bouleau 

Par Sylvain Rousseau - décembre 2025

En parcourant nos archives de la Société d’histoire SMCDN, je suis récemment tombé sur un petit livre intitulé « La maison au bouleau – Souvenirs de la famille Desmarais ». Il a été publié en septembre 1998 par les filles de Germaine et de Marcelle Desmarais, dans le cadre du 300e anniversaire de la Côte-des-Neiges. Cette publication vient compléter, avec plus de détails et de photos, notre article du mois de septembre sur la famille Desmarais de la rue Lacombe. J’ai déjà partagé plusieurs photos de ce livre dans le groupe Facebook de la Société d’histoire SMCDN (Côte-des-Neiges), mais j’en ai conservé plusieurs, spécialement pour cette édition du Facteur-des-Neiges.  

Ce livre mentionne que la maison au bouleau a été bâtie en 1905 par la Northmount Land & Co. Le bouleau écossais qui se trouve toujours aujourd’hui devant la façade de la maison aurait été planté par la famille Barnes, qui fut le premier propriétaire de cette demeure. On précise que la famille d’Arthur Desmarais (photo) s’y installa en 1912.

À cette époque, les intersections des rues étaient indiquées par des colonnes en pierre ; on en retrouve une sur la prochaine photo. Celle-ci, située sur l’avenue Lacombe, indique l’intersection avec l’avenue McKenna. On peut voir, à l’arrière-plan, la maison d’Ovide Desmarais, frère d’Arthur (photo). Cette maison existe encore au 3071, avenue Lacombe.

 

Ce livre, joliment rédigé, nous transporte dans le passé. Ces deux extraits nous en donnent un aperçu:

« Tous les soirs, après le souper, notre grand-père Arthur et son frère Ovide allaient faire une marche, « le tour du bloc » comme ils disaient. Leur retour apportait toujours des nouvelles du village ! »

« Je revois le petit sac brun de bonbons achetés chez madame Pépin sur la rue Albani. Lorsque notre choix était fait, elle tassait les chats pour entrer la main dans les jarres de friandise prendre les sucreries demandées pour les introduire dans le sac. »

Mais surtout, il me fait revivre une époque révolue au cours de laquelle je découvre le décor de mon voisinage immédiat de la rue Lacombe, comme dans cet extrait :

« Sur le côté nord de la rue il y avait les Martel, les Lavoie, la maison Léo Leclair, la maison Létourneau où par beau temps, madame installait son perroquet dehors sur la galerie jusqu’à ce que des ouvriers qui travaillaient tout près lui enseignent à dire de vilains mots… On y voit maintenant une structure pour le métro! »

Depuis, longtemps, je cherchais une photo de cette superbe maison, disparue au cours de ma jeunesse.

 

Voici quelques photos supplémentaires, prises sur l’avenue Lacombe et qui ont retenu mon attention.

Photo de gauche : la maison de Joseph Félix Lavoie a été remplacée par le bâtiment à logements du 3415, avenue Lacombe, adjacent au Marché du Village Côte-des-Neiges (coin Gatineau). Félix Lavoie, tout comme son père, était marchand et il fut donateur d’une des cloches du campanile de la chapelle, en 1917.

Photo de droite : la maison d’Arthème Paquette était située juste en face, au 3414, avenue Lacombe. Cette maison, qui fait partie d’un bâtiment jumelé voisin de La Maisonnée, est toujours en place. On y voit Berthe Paquette, fille d’Arthème et sœur de Philippe. Ce dernier fut l’époux de Germaine Desmarais.   

 

Dans cet autre extrait, on découvre que :

« Les Desmarais sont des sportifs. Il est courant de les voir prendre le « P’tit Train du Nord » pour aller skier dans les Laurentides. Ils participent à plusieurs jeux d’équipe. Les garçons, plus téméraires, et surtout Germain, s’adonneront au fameux saut de ski « Saut de la Mort » qui était situé où sont maintenant les édifices du Rockhill. »

Derrière la maison d’Arthur Desmarais, il y avait le tennis Northmount (photo), sur l’avenue Graham (devenue aujourd’hui Fendall). On aperçoit ici, en 1922, trois grandes amies, joueuses de tennis, qui se marieront dans les années qui suivront. D’abord, Germaine Desmarais, fille d’Arthur, épousera Philippe Paquette, en 1924. Puis, Béatrice Goyer et Éva Belliveau organiseront un mariage double avec Francis Belliveau et Laurent Desmarais, fils d’Arthur.

Nous avons retracé la photo de ce mariage double qui a été prise, en 1926, devant l’école Notre-Dame-des-Neiges. Il faut se rappeler que la petite chapelle Notre-Dame-des-Neiges, située en face, était alors très modeste et moins photogénique.

La prochaine photo a été prise vers 1940 à partir de la maison voisine de la nôtre, qui appartenait alors à la famille Archambault. En 1936, Germain Desmarais, le fils d’Arthur, épousa Marie-Paule Archambault, fille d’Albert, qui demeurait à cet endroit. À l’arrière, on voit la clôture et le garage de mon enfance. Quand j’étais jeune, il n’y avait plus de tennis à l’arrière sur l’avenue Fendall, mais j’y voyais parfois passer de petites familles de faisans. 

Ce livre est, pour moi, une véritable mine d’or. Il contient notamment une description détaillée de la maison au bouleau, qui nous fait pénétrer dans son histoire, comme si nous y étions. Les auteures nous en font même visiter le grenier contenant de vieux coffres remplis de costumes et d’accessoires en écrivant : « Ah ! Ce décor devenait pour nous les planches d’un théâtre où se jouaient nos rêves! Par la lucarne, on apercevait la cime du bouleau, on entendait le bruissement de ses feuilles. »

Cette maison, qui regorge de plus de 120 ans d’histoire, est toujours bien entretenue. On peut encore y voir, en façade, le beau bouleau écossais. Il est situé devant la lucarne du grenier, qui cachait autrefois tant de trésors et de souvenirs.    

Sources et références :

Ancestry. Site généalogique.  Arbre Rousseau-Massicotte.  https://www.ancestry.ca

Archives de la Société d’histoire SMCDN. La maison au bouleau. Denyse Paquette-Fauteux et Louise Lefebvre-Hudon

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